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2
sur 5

Après le gracile Sur mes lèvres, Jacques Audiard revient avec ce remake de Fingers (James Toback). La déception est grande, tant chaque élément du film peine à renouveler la force du précédent coup de maître. La faute à quoi ? D’abord, à un scénario hésitant entre deux élans artificiellement liés : les déboires de Tom (Romain Duris), un petit truand de l’immobilier qui découvre à travers le piano, qu’il a jadis pratiqué, une sorte de rédemption. La fiction du père (lui-aussi as de l’immobilier véreux) contre celle de la mère (une ancienne virtuose défunte), on se croirait pour un peu dans Danny the dog, à ceci près que le cinéma de Jacques Audiard cherche moins à opposer muscle et légèreté qu’à les rassembler en une manière de tango malade et déréglé.

Autre échec, celui d’une mise en scène qui ne trouve que par à-coups la grâce de Sur mes lèvres, trop affectée, trop systématique dans sa volonté de jouer sur plusieurs tons pour ne pas laisser transparaître assez vite ses limites. La ponctuation des séquences d’apprentissage chez la professeur chinoise, le rapport houleux avec les comparses de Tom, la relation difficile au père, tout cela apparaît sous forme de puzzle naïf et soigneusement organisé, sans la moindre impureté, empêchant l’air de passer, et la sauce de prendre. Pas honteux, De battre mon coeur s’est arrêté est à l’image de son titre assez révulsif : ampoulé et stérile, à mi-chemin entre la sensualité poétique vers laquelle il tend et ce figement obséquieux auquel chacun de ses éléments emprunte lourdement.

On regrette d’autant plus ce petit échec que, pour une fois, Duris n’oscille pas entre l’excellent et le grotesque mais trouve, dans la multiplicité des tons du film, une tenue remarquable : toujours bon, que la scène soit lamentable (les jurons lancés à la prof de piano) ou remarquable (la découverte du cadavre du père). Cette surprise sauve un film qui aurait pu, sans lui, sombrer pour de bon. Reste alors à constater ce qui persiste de la grandeur de Sur mes lèvres, par éclats ou simples traces : sensualisme des virées nocturnes, douceur des gestes amoureux, violence de milieux professionnels impitoyables (l’entreprise du tertiaire dans Sur mes lèvres, immobilier ici). Dommage simplement que la musique refuse de s’installer : les fragments bons ou mauvais de ce petit thriller sans conséquences gardent la patte d’un authentique cinéaste.