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3
sur 5

Premier long métrage de Marina de Van, comédienne et complice habituelle de François Ozon avec lequel elle a entre autres écrit les scénarios de Huit femmes et Sous le sable, Dans ma peau est sans conteste le film choc de cette fin d’année. Comment en effet rester de marbre face à la descente en enfer d’Esther, une jeune femme bien sous tous rapports qui commence par s’automutiler et finit par se manger ? Ceux qui croyaient avoir tout vu au cinéma après les ébats cannibales des amants du Trouble every day de Claire Denis n’ont qu’à bien se tenir. Les images de Marina de Van sont au moins aussi dérangeantes si ce n’est plus. Avec Dans ma peau, la jeune cinéaste laisse libre cours à ses obsessions déjà connues des cinéphiles qui ont vu ses courts métrages (Psy-show, Alias, Rétention et Bien sous tous rapports). Il n’est en effet question que du rapport au corps dans ce film construit comme une sombre plongée dans l’intimité charnelle.

Fondé sur une frontalité radicale du regard, Dans ma peau n’est pas édulcoré par des pseudo-atermoiements psychologiques et c’est ce qui fait la force du film. Rien ne nous sera donc épargné par Marina de Van qui s’approche ici des rivages radicaux du cinéma gore. Non plus envisagé comme une représentation, le corps humain devient ici matière qu’on ausculte et martyrise pour vérifier qu’il n’est pas un élément hétérogène. Souvent à la limite du supportable, les images -gros plans sur des cicatrices que l’héroïne se régale à tripatouiller- forcent le spectateur à suivre les délires sanguinolents d’un personnage qui se découvre une fascination jouissive -et non pas morbide comme on aurait pu s’y attendre- pour son corps. On en vient pourtant à regretter que le film n’ait pas dans son ensemble la même puissance que l’impressionnante scène finale au cours de laquelle l’héroïne ensanglantée improvise une chorégraphie devant un miroir. Diluée dans des à côtés (la vie de couple d’Esther, ses problèmes de boulot) censés édulcorer la violence des images, l’intrigue principale perd de son intensité. A voir surtout pour la présence troublante de Marina de Van, actrice trop rare dans le paysage du cinéma français.