Tout ce à quoi Faucon se confronte, il l’équilibre. Premier échange dialogué : « J’aime pas les gens comme vous – Parce que je suis Arabe ? ». Le personnage de la jeune infirmière à domicile, Française d’origine maghrébine (Sabrina Ben Abdallah), est assez vite mis au second plan. Il est vrai qu’avec cette fille, tolérante, et son patient, raciste, les enjeux étaient voués à des extrêmes sans issue. Faucon se déporte donc vers deux personnages de mères : l’une très remontée contre Israël (Halima – Zohra Mouffok), l’autre juive, grabataire et remontée contre la terre entière (Esther – Ariane Jacquot), mais non pas foncièrement intolérantes, sinon le film s’arrêterait.

Dans la vie est le quatrième long-métrage de Philippe Faucon pour le cinéma (en plus de six fictions pour la télévision – Arte, France 2). En un constant double mouvement, le cinéaste simplifie pour rendre clair et tranchant, et tempère ce qu’il aiguise par la relâche et la discrétion. La guerre, en toile de fond, fait partie de la chronique – télé allumée, chaîne Al-Jazeera, images de Gaza et de l’offensive israélienne au Liban. Elle va cependant avoir lieu in vivo, in situ, entre les deux vieilles dames de religion différente. Faucon transpose le conflit israélo-palestinien et le dénoue, pas moins. Mais en appartement, à Toulon, en toute civilité. La préparation de la nourriture remplace les armes. Question d’équilibre. La chronique est amplifiée, et la guerre tempérée.

A tous égards, Faucon réussit à équilibrer les pôles en tension. Il clarifie les facteurs qui pourraient, soit faire dégénérer la situation, soit l’améliorer ; mais il les adoucit en nuançant les liens (amicaux, familiaux, communautaires). Il fait de la netteté un outil d’accélération narrative (à chaque problème posé dans une séquence répond sa solution dans la suivante) ; mais il trouve les scènes, les plans, dans la durée. Il découpe au cordeau ; mais en prenant le temps pour qu’advienne l’expression, là d’un visage, là d’une intonation, là d’un rire. Dans la vie se déploie avec une force tranquille et au rythme du quotidien, mais le montage heurte la continuité et le film se présente comme une adjonction de petits blocs. De Toulon, on ne voit rien d’autre que quelques intérieurs et morceaux de rue. On n’a pas besoin d’aller chercher plus loin, ailleurs, dans le hors-champ mondial. Tous les éléments de la vie, du quotidien, du conflit, sont réunis. Faucon resserre une réalité complexe (où qu’il filme, quoi qu’il filme, il cadre toujours en buste, à distance moyenne) ; mais il la desserre en laissant s’épanouir en plein champ l’éventail de toutes les sensibilités.

Dans la vie a été produit avec la participation de l’ACSE (l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances créée par la loi 2006 en réponse à la crise des banlieues de l’automne 2005). Son titre est passe-partout. Sa durée est exemplaire (1h13 seulement). Il est très rare que le plus beau compliment qu’on puisse faire à un cinéaste, c’est d’être sage.

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