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2
sur 5

A l’instar de Calculs meurtriers -sordide fait divers dissimulant une somptueuse histoire d’amour contrariée-, certaines productions américaines jugées « mainstream » peuvent receler en leur sein -volontairement ou non- des « récits bis », sous-textes bien plus intéressants que leur intrigue prétexte. Il en va ainsi de Crimes et pouvoir qui, sous des apparences de film à procès, s’éloigne petit à petit des sentiers balisés d’un scénario trop carré. Soit la dégringolade de Claire Kubik (Ashley Judd), brillante avocate et épouse comblée, qui découvre soudainement que son mari lui a toujours menti. Les bras chargés de cadeaux, boostée par l’euphorie marchande des fêtes de fin d’année, la pauvre Claire se retrouve d’un coup ventre à terre, et assiste, horrifiée, à l’arrestation de son mari accusé d’homicide. A partir de là, Crimes et pouvoir semble tranquillement suivre son cours : l’épouse éplorée mais femme à poigne va se charger elle-même de la défense de son mari aidée par un deuxième avocat, le séduisant Charlie Grimes (Morgan Freeman). Mais c’est là que les événements prennent une tournure nettement plus épicée pour ceux qui demeurent hermétiques aux rouages de la justice militaire.

Sous couvert de thriller opposant une frêle femme à un bloc d’altérité malveillante -ici, l’armée et ses officiers de marbre-, Crimes et pouvoir organise en fait la rencontre entre deux acteurs partageant le même charisme et talent. A bien observer le film, tout semble même tourner autour de l’union platonique mais extrêmement romantique entre l’attrayante Claire et ce vieux beau de Charlie Grimes. Et le film de suivre le même cheminement qu’une bluette lambda : une rencontre déconcertante (Charlie Grimes n’est pas tel que se l’imaginait Claire, il est mieux), une entente difficile à mettre en place (Charlie a des méthodes un peu spéciales et porte un blouson en cuir), une vilaine brouille (Charlie boit et commet une grosse bourde), un malentendu (Charlie n’a pas manqué le procès, il s’est en fait rendu au Mexique pour faire avancer l’enquête), enfin, une réconciliation très métaphorique (Claire et Charlie vont monter ensemble leur cabinet d’avocat). Victime impuissante de ce cocufiage en règle, le mari -interprété comme par hasard par le fadasse Jim Caveziel-, n’a pas d’autre choix que de s’effacer et de mourir lors d’un final sanguinolent.