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sur 5

Dans Cours toujours, Jonas (Clément Sibony en très petite forme) ne court pas, il rame !… contre le sort qui toute une nuit durant l’empêche d’accomplir ce que la tradition juive lui impose : enterrer le prépuce de son fils après sa circoncision.
Dante Desarthe, le réalisateur, est décidément attaché aux personnages masculins faibles voire déliquescents : Jean-Louis, le « bouseux » monté à Paris puis propulsé sans qu’il comprenne pourquoi chef d’un fast-food dans Fast, ou Jonas, interprète principal de Cours toujours, n’ont aucune prise réelle sur ce qui leur arrive. Jouets des événements et de la perception que les autres ont d’eux-mêmes, ils sont ballottés d’une situation à l’autre sous le regard de femmes-mères (Henriette dans Fast, Julie dans Cours toujours), qui sont leurs seuls ancrages stables.

Le pire qui soit arrivé à Dante Desarthe, lors de la réalisation de ce film, c’est certainement d’avoir perdu lui aussi, à l’image de ses personnages, le contrôle de ce qui lui arrivait. Il voulait un film qui soit l’expression actualisée de l’histoire de Jonas contenue dans la Bible : « Jonas fuit en refusant de faire ce que Dieu lui ordonne. Pour le punir, Dieu fait chavirer le bateau sur lequel il s’était embarqué et Jonas se fait avaler par un poisson géant. Quand il accepte enfin de se soumettre, le poisson le recrache sur le rivage. » Et nous avons donc droit à la fuite de Jonas d’une fête juive dont il est le pianiste, à la camionnette qui crève, puis à l’accident de Jonas piéton sur le périph et enfin à son enfermement dans un camion réfrigéré empli (je vous le donne en mille) de poissons ! Mais il manque à cette adaptation l’élément premier : Jonas-Clément Sibony ne s’est jamais rebellé contre un quelconque Dieu ! Dante Desarthe voulait aussi faire de ce film un reflet de sa propre expérience de père : lui-même a dû enterrer le prépuce de son fils dans les rues de Paris. Mais Cours toujours noie totalement ces motivations originales pour n’en faire que le prétexte d’un enchaînement de gags grossiers qui, s’ils feraient une très bonne trame pour les romans jeunesse écrits par Agnès Desarthe -femme de Dante et sa coscénariste-, se révèlent ici très insuffisants. Quant à la digression sur une réunion de pèlerins allant assister aux Journées mondiales de la jeunesse (visite du pape à Paris en 1997) au cours de laquelle Jonas rencontre Nina (Rona Hartner surexcitée), elle n’est qu’un élément lourdaud de plus dans cette cavalcade inepte : Jonas suit Nina car il croit lui avoir donné par erreur un mouchoir en papier contenant le fameux prépuce. Là c’est vraiment trop !