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4
sur 5

On peut dire qu’il se sera fait attendre ce deuxième opus de Portishead. Après le plus que prometteur Dummy, dont le titre phare Glory box entendu jusqu’à la nausée et mis à n’importe qu’elle sauce publicitaire avait fini par gonfler, nos trip-hopeurs bristoliens semblaient avoir du mal à enclencher la seconde. On en venait à se demander si Portishead n’allait pas rejoindre la déjà trop longue liste des groupes incapables de confirmer leur talent sur un deuxième album. Sorti en pleine chaleur estivale, le simple avant-coureur, Cowboys, avait pourtant levé pas mal de doute : non, Portishead n’est pas mort, et le groupe semble même particulièrement en forme pour nous pondre ce premier titre tendu à souhait. Restait plus qu’à attendre la suite.

Et elle vint. Sous la forme d’un album éponyme aux onze titres torturés, plus neurasthéniques que jamais, plus mûrs aussi sans pour autant être plus novateurs. Pas de grosse révolution donc pendant ces trois années d’interruption, et si Dummy ne vous avait pas fait sauter au plafond, il y a fort peu de chance pour que celui-ci vous fasse atteindre des sommets extatiques. Mais ce petit préambule mis à part, force est de reconnaître que la machine Portishead se révèle être la meilleure du moment pour enfanter ces ambiances vitaminées au tranxène ; pour marier à merveille les subtiles harmonies vocales d’une Beth Gibbons, oscillant entre Castafiore sous acide et égérie bjorkienne, avec cette musique dopée aux nappes synthétiques aériennes, aux scratches épileptiques et aux guitares subtilement éprouvantes. Confirmation sur des titres comme All mine, incontestable petit chef-d’œuvre de finesse et de tristesse explosive, ou Half day closing. Sur d’autres, comme Seven months ou plus encore Only you, le groupe joue la carte expérimentale, lâchant au passage la bride au DJ, qui passe à tabac le Trip pour maltraiter merveilleusement le Hip.

Mais ce qui frappe le plus, c’est l’atmosphère poisseuse et oppressante qui suinte de chaque titre. Les beats obnubilants et la voix maniaco-dépressive vous plonge dans une torpeur glauque, comme si l’album baignait dans un épais brouillard visqueux. Pour un groupe qui dit avoir réglé pas mal de problèmes existentiels, bonjour l’ambiance ! On imagine que dans le cas contraire ils auraient livré un gun avec l’album, histoire d’en finir après le dernier morceau. Amis dépressifs, les Spice Girls conviendront mieux à ce que vous avez ! Les autres n’auront aucun mal à percer la noirceur pour savourer sereinement ce nouveau Portishead, un album atmosphérique et étrange qui laisse des traces par là où il est passé.