C’est souvent un effet payant : rabattre l’abattage comique d’un champion de la rigolade sur des rivages moins heurtés, plus doux. Il ne s’agit surtout pas de la stratégie Ciao pantin, la pire, mais plutôt de faire jouer à un comique un type, par exemple, normal. Ainsi de Steve Carrell, ici dans la peau d’un veuf élevant seul ses trois filles, qui rencontre Juliette Binoche sur la route de la maison familiale où il doit retrouver les siens, à Rhode Island : coup de foudre. Pas de bol, à peine a-t-il annoncé à sa famille qu’après des années de solitude il est enfin tombé amoureux qu’il découvre que Juliette Binoche n’est autre que la nouvelle girlfriend de son frère, un sportif un peu couillon mais sympa – aïe.

Le film de Peter Hedges se passe pour l’essentiel dans une grande maison où niche toute la famille (aussi adorable que pénible) le temps des vacances. Carrell y fait valoir finement son jeu de chien battu, Binoche campe avec légèreté une fille plus que parfaite. Tout le film se tient ainsi dans une juste nuance entre romance et comédie dépressive, et trouve rapidement ses marques, laissant courir un scénario pour happy end sans jamais se départir d’une intensité qui fait luire chacune des scènes, qui pourtant n’est qu’une variante de la précédente et l’annonce de la suivante. Claudiquant ainsi dans son humeur mi-figue mi-raison, le film fait valoir sans peine sa belle idée : montrer le désarroi de Carell que la perfection affichée par Binoche accable littéralement. Suite de haussements d’épaules et de rictus fatalistes, son jeu le fait ressembler à un poteau qu’on enfonce en terre à coups de masse. Belle idée, vraiment, que celle de construire un duo amoureux dans cette sensation d’éreintement. Tout ce que fait parfaitement l’une (la gym, la cuisine, les oeillades, les mots croisés, tout) tourne le couteau dans la plaie de l’autre : drame de l’amour en vacances.

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