Du belge Pierre-Paul Renders, il faut se souvenir de Thomas est amoureux, une des oeuvres les plus moches de l’histoire du cinéma (tout en caméra subjective et effets numériques Atari) où la maladresse la plus totale et l’ambition la plus démesurée s’emplafonnaient de concert. Mais il revient, immaculé et vaillant, avec une nouvelle fable sur le pouvoir des médias qui dénonce grave. Comme tout le monde est le nom d’un jeu télé type Une Famille en or où les candidats doivent répondre comme la masse pour gagner. Jalil en est le champion toutes catégories. A tel point qu’une société de sondage l’espionne 24 heures sur 24 pour lui faire tester toute une gamme de nouveaux produits. Les choses se corsent lorsqu’ils décident d’embaucher une actrice pour vivre avec lui et optimiser ainsi sa rentabilité. Le Jalil, il a beau l’air tout gros tout niais, il faut pas le prendre pour une cruche. Sa vengeance sera terrible mais pleine d’amour et de bon sens.

Difficile de prendre de la hauteur sur un tel film, oeuvre de petit malin dont les limites de stylistes et la franchouillardise (ou belgouillardise ?) avancée ont raison de toutes ses ambitions. C’est un peu comme si Andrew Niccoll filmait sans les mains et les pieds : déjà qu’on voit le traquenard à des kilomètres à la ronde, la forme n’a même pas la capacité de l’emballer avec le savoir-faire digestif dont Hollywood a le secret. Dans Comme tout le monde, la mise en scène démonte tout, de la thèse (pas si bête) à la conduite du récit, sans cesse étouffée par l’approximation et la laideur. La thèse d’abord : dès les premières images les jeux sont faits, Renders se pose en chevalier blanc du consommateur, lui tenant la main comme un débile mental à qui on parle petit nègre et bien fort. On surligne le cynisme du monde des médias côté apparent (les séquences du jeu, parodiques et criardes à souhait), tout comme le contre-champ, impayable repaire type CIA rempli d’écrans de surveillance et de caricatures grotesques à costards et cigares.

La forme ensuite : direction d’acteurs affligeante, design immonde entre high tech dégénéré et France profonde détraquée qui laisse chaque gadget apparent. Le film en est constamment réduit à l’état de brouillon, jamais ramassé, jamais incarné. Il faut voir comme il se plante quand il tente le réalisme folklorique -la petite famille d’origine arabe digne de la pire sitcom avec accent racaille et bonhomie préfabriquée-, quand il distille à coups de truelle les éléments de l’intrigue (tiens le Président de la république débarque) pour réaliser que ce film est tout bonnement en kit, mal assemblé de partout, souffreteux et brinquebalant. Le problème ne vient pas tant de sa nullité, un nanar pouvant se revêtir sans mal d’une poésie surréaliste qui fait son identité, mais de cette pédagogie pathétique, ce coté camarade éclairé mais gentil qui réveille les foules (le final digne de Matrix mâtiné de Patrick Sébastien où l’amour transfigure le monde). Impossible ici de parler de démagogie tant on sent Renders convaincu, nu comme un ver et fier de l’être. Comme tout le monde, degré zéro de l’anticipation, dînette pour cinéastes, un film où l’on est prié de laisser sa dignité humaine à l’entrée.

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