Trois films de Vecchiali, période 70-80, pas la meilleure question mode vestimentaire : Corps à coeur (1978), En haut des marches (1983) et Rosa la rose, fille publique (1985). On y sent d’emblée un état d’esprit qui peut enchanter ou rebuter sévèrement, comme dans son dernier film, l’insupportable A vot’ bon coeur. Etat d’esprit d’un cinéaste qui se considère volontiers comme l’un des derniers mohicans, l’un des derniers purs, un vrai de vrai capable d’affirmer à qui veut l’entende qu’en France ils ne sont plus que deux à faire du vrai cinéma : « Godard et moi » (véridique, on l’a entendu), qui n’aurait qu’un frère, un égal, Renoir. Pareille assurance ne manque pas de gêner aux entournures des films, d’autant que ceux-ci ne choisissent pas la facilité et se frottent à l’un des genres les plus délicats, sinon difficile, le popu-mélo, exposition bigarrée d’un pathos de rue, drames d’amour qui battent au rythme du pouls du peuple : pute au grand coeur, garagiste mélomane, pharmacienne fatale, pochetron tribun, maquereau amoureux, clochard philosophe, etc., petit peuple de Vecchiali aux prises avec la puissance de la passion et la sécheresse des barrières (politiques, toujours) qui séparent les êtres.

Vecchiali excelle dans ce registre, qui use du faux pour faire travailler le vrai, un certain jusqu’au-boutisme des affects qui en retour promet la révélation d’une authenticité. Caméra qui accompagne et surligne l’émotion, jeu de couleurs, course de l’ombre dans la chambre d’une prostituée se mourant d’amour pour un peintre en bâtiment, beauté têtue de plans ensoleillés. Le prouve Corps à coeur, des trois films le plus beau sans doute, deux heures pleines de l’amour éperdu d’un garagiste pour une pharmacienne bien plus âgée que lui. Il y a toutefois quelque chose de foncièrement déplaisant dans ce forçage, cette assurance d’artiste. Quand bien même le sujet est passionnant et audacieux (En haut des marches, notamment, qui plonge dans la sombre histoire de la France occupée). Vecchiali cherche la grâce et parfois ne trouve que la lourdeur (la Cène mimée par des putes et des souteneurs dans Rosa la rose, les pénibles commentaires d’un choeur de clochards dans Corps à coeur), on aimerait aimer follement et quelque chose retient, peut-être le sentiment d’être pris de haut par ces films chantant la générosité et l’abandon passionné -paradoxe à part.

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