Deuxième film du jeune Américain d’origine iranienne Ramin Bahrani, Chop shop assoit, après Man push cart, une signature, une envie d’en découdre avec le réel, une sorte de réalisme sain, à l’énergie. Dans une sorte de cimetière géant pour voitures, situé dans le Queens, où se vendent et se revendent les pièces détachées de voitures volées, le film suit les tribulations d’un gosse latino de 12 ans, petit dur orphelin prêt à tout pour s’en sortir : il bosse, il s’agite, il court dans tous les sens, il pousse sa soeur, 16 ans, à le suivre dans son opération commando pour survivre, sorte de Rosetta pré-pubère, à la volonté farouche, doté d’une espèce d’éthique qui le grandit à chaque image.

Le lieu, c’est tout : le film tire son titre d’une expression d’argot, « chop shop », désignant ce trafic/commerce des voitures, volées, désossées, revendues en petits morceaux. En pièces détachées. C’est un paysage décomposé qui sert de cadre au film. En assignant au lieu la fonction structurante du film, Bahrani prend le risque d’en broyer la lisibilité pour en faire une farine de métaphores. Mais il déjoue fermement tous les attendus gras d’une telle assimilation. Au lieu de ça, se tenant au plus près de son personnage, comme s’il le regardait droit dans les yeux tandis que les yeux d’Alejandro furètent partout en quête de solutions, de relances, le cinéaste parvient à travailler autre chose que le report sur la morphologie du lieu et du réel des contours du portrait. Il s’attache bien davantage à un rythme, une vitesse, un système de narration en forme de questions / réponses. Alejandro examine tout comme si sa condition, les problèmes qu’il rencontre, le poussaient sans cesse en avant. En fait il ne se pose pas de questions, faute de temps, il n’a que des réponses, que des projets à courts termes, lui qui n’a qu’un but à moyen terme (acquérir un camion pour faire un snack ambulant). En suivant son entreprise pas à pas, dans l’urgence d’un quotidien toujours recommencé, le film tient la cadence avec une remarquable fermeté, en même temps qu’il démontre une loyauté sans faille, sans fard envers son petit héros.

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