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sur 5

Marguerite Duras et Yann Andréa. La vieille artiste atrabilaire et le jeune groupie éperdu d’admiration qui, pendant plus de 15 ans, partagera sa vie. De cet amour-là, Josée Dayan -la réalisatrice en chef des feuilletons TF1 comme Balzac ou Les Misérables– ne nous dira rien. Elle filmera sagement le show d’une Jeanne Moreau atteinte de rage mimétique, singeant le masque (grosses lunettes, pull informe, veste de panthère) et l’attitude (coups de gueule, voix rocailleuse, bouteille de rouge toujours à proximité) durassiens avec une insistance gênante. Elle gommera toutes les aspérités de l’histoire, toute son ambiguïté (le rapport de ces deux corps si différents, la bisexualité d’Andréa) pour ne garder que les sinistres joutes quotidiennes entre un jeune homme terne et un génie acariâtre.

Cet amour-là, c’est Un Gars, une fille version glauque et gérontophile, avec l’écriture en toile de fond Marguerite apprend à conduire à Yann, qui est vraiment un gros nul au volant. Yann et Marguerite vont manger des huîtres, mais la vieille parle toute seule. Marguerite jette les affaires de Yann par le balcon parce qu’elle est très en colère. Marguerite ne se laisse pas faire par les garçons ; elle a du caractère et passe son temps à traiter le pauvre Yann de « Double Zéro » et de « Bon à rien ». Bref, les séquences s’enchaînent sans que l’on comprenne ce qui motive cette passion asphyxiante et sans chair. L’écriture ? Quelques bons mots par-ci par-là, des bouts de romans en construction grossièrement annônés par Moreau, loin de sa véritable expérience avec l’écrivain, qui la dirigea au cinéma (Nathalie Granger). La tendresse ? A peine effleurée le temps de deux ou trois caresses. La complicité ? Celle qui lie un esclave à son maître (humiliations en public d’Andréa, tout juste bon à taper à la machine la prose de son bourreau). Le cinéma de Dayan, peut-être ? Inexistant, d’une désolante platitude, tout juste télévisuel, la grandiloquence délicieusement ridicule des Misérables en moins. Ici, on ne rit pas. Ou alors, ce sont des petits rires embarrassés, honteux, émis dans le seul but de se soustraire un instant à ce spectacle si triste.