On aime bien le duo Kad et Olivier, rois du bricolage à la télé rafistolant sur un mode début de siècle le génie sec et claquant des Inconnus. Leur adaptation au cinéma tient lieu d’essai à moitié transformé : entre Qui a tué Pamela Rose ? et Un Ticket pour l’espace, ils peinent à se trouver, toujours costauds dans la vanne, trop au large pour le grand écran. Le déséquilibre ensuite, compétition interne honteuse mais logique pour chaque bande comique désigne Kad vainqueur par K.O., Olivier se contentant de l’habit du clown blanc ramasse-miettes. Et puis Ce soir, je dors chez toi : Olivier réalise, Kad donne un coup de main en second rôle. Le premier, c’est Jean-Paul Rouve, écrivain fou amoureux de sa copine (Mélanie Doutey), mais qui a peur de l’engagement. L’intrigue s’inspire de Monsieur Jean, BD sympa de Dupuy et Berberian, rapidement coulée en comédie romantique classieuse.

Ce qui veut dire pour l’exploitation française : crise de la trentaine et budget illimité. L’élégance, ça s’achète pour Olivier Baroux. Des beaux cadres, des mouvements chaloupés, un scénario qui s’affranchit de la moindre vraisemblance, mais compense par de longs week-end hauts en couleurs : maison de campagne normande, une escale dans le Sud, une virée à New York, le film circule beaucoup, à défaut de tourner. On comprend très vite qu’Olivier Baroux procédera par empilement, qu’il en soufre, qu’il aimerait trousser ses personnages s’il en avait les moyens. Mais c’est ainsi, la mise en scène regarde ses chaussures, toute bête, dès qu’un cliché arrive à expiration, incapable de prolonger une émotion, de suivre une ligne comique plus de trois images. Un baiser au piano et hop !, un clip mièvre enchaîne derrière, obligation dramatique absolue, scène de secours autant que plaisir néophyte du cinéaste amateur, tout heureux de se plier à l’exercice. Une scène s’en écarte. Ça commence par une bataille de gâteau à la crème de film d’auteurs pour beaufs, puis la séquence s’étire, se suspend. Baroux joue avec la ganache, il en modèle ses acteurs, le délire chasse l’hystérie, un petit quelque chose naît, plein de raideur et de drôlerie frissonnante.

Trop fragile pour durer. Baroux revient à la dialectique habituelle de la comédie américaine mal digérée. Reconstruit son décor en hâte, lance de nouveaux personnages dans le champ, les regarde, se lasse. Même Kad passe à la trappe, pourtant dans l’un de ses meilleurs rôles au cinéma, un bobo improbable allergique à la province, petite machine burlesque dont la disparition brutale laisse le film orphelin, obligé à errer pour retrouver quelques étincelles de feu sacré. Avec lui sonne le glas d’un fantasme de cohérence et plus largement d’alchimie. Olivier est perdu sans Kad. Triste certitude quand on voit son entêtement à faire bande à part. Petit malaise.

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