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2
sur 5

Il faut voir Ce qui vous attend si vous attendez un enfant comme une hybridation à peu près réussie des deux principales tendances repérables dans la comédie pour filles des dix dernières années : d’un côté, le scato-girly (Mes meilleures amies, 2 days in New York, et dans un autre genre les cheveux gras de La Vie au ranch), de l’autre l’adaptation d’un self-help book à succès (Mange, prie, aime, Ce que pensent les hommes, Bridget jones). Moins cool que les films de la première veine, tout aussi mièvre que ceux de la deuxième, le film tient avec la grossesse un sujet on ne peut plus idéal pour travailler dans un même geste ces deux tendances : évoquer les aléas de la maternité tout en exploitant au maximum pets, vomi et autres pertes des eaux.

Passé l’effroi à l’idée de devoir subir quelques équations inévitables (enfant = miracle, grossesse = plénitude, papa = appréhension, hystérie = hormones), ainsi qu’un postulat aussi lourd qu’attendu (le féminin = le maternel), le film devient vite assez réjouissant dans son oscillation quasi schizophrène entre le pôle de la vulgarité et celui de la mièvrerie. On n’est pas loin, à la limite, de Dr T et les femmes, et d’un féminin triomphant dans son hystérie castratrice. C’est d’ailleurs dans cette idée de féminité gluante et dévorante, de maman qui barbote dans ses fluides pendant que papa s’enfuit au parc, que le film est le plus drôle, même assez réussi quand il se contente de faire de la grossesse un simple prétexte pour gonfler la programme de la comédie for girls only (hystérie, crasse, émotivité).

Il est même permis d’y voir, toutes proportions gardées, quelque chose d’un peu hawskien dans sa façon de s’arranger de cette monstruosité féminine, d’abord par une forme de cruauté qui rappellerait, dans l’idée au moins, Le Sport favori de l’homme ou Allez coucher ailleurs. Le délire autour de bébé se systématisant jusqu’à la caricature, le film laisse par endroits l’impression salutaire d’une distance auto-parodique. Une scène de karaoké, très brève, témoigne assez brillamment de ce monde délirant parce qu’envahi, étouffé par la parentalité : Chris Rock reprend une version déformée du tube de Human League, Don’t you want our baby, juste avant de s’interrompre parce qu’il est 21h30, et qu’il faut libérer la baby-sitter. D’ailleurs le film n’est jamais aussi juste que dans les quelques scènes réservées aux papas, et dans son épilogue aux allures de sans-faute. Fatigués mais heureux, flippés et à côté de leurs pompes, ils se retrouvent tous au parc, façon gang de papas poules armés de poussettes, portes-bébé et biberons, s’épanchant sans fin dans le commentaire de leur quotidien fait d’ennui et de responsabilité.

Là où cette cruauté n’a plus rien de drôle, bien sûr, c’est quand elle parle pour une forme d’hygiénisme US et de culte du corps sain, notamment dans la manière qu’a le film de s’acharner très explicitement contre les obèses en faisant de l’obésité une sorte de grossesse improductive et pathologique. On pense ici au personnage joué par Cameron Diaz, animatrice star d’une télé-réalité où elle se fait le coach de candidats en surpoids qui veulent maigrir. C’est ici que le délire se fait matraquage pro-grossesse, et que les personnages sont défendus non plus comme archétype comique mais bien comme norme.

En dehors de ces quelques scènes déplaisantes et néanmoins obligatoires parce qu’elles sont du côté de la guimauve réac du best-seller à succès (on fermera les yeux sur toutes les scènes avec Jennifer Lopez qui cherche à adopter), le film reste assez audacieux dans sa façon de proposer autre chose que la droite ligne aseptisée du cinéma pour spectatrice d’Oprah Winfrey, cherchant à pousser toujours un peu plus loin cette culture du self-improvment qui l’innerve, cette branche amoralisée et débilisée du perfectionnisme américain. De cet héritage aux allures de fardeau, Ce qui vous attend… a la bonne idée de faire son miel comique et de lorgner du côté d’une bonne comédie comme Mes meilleurs amies, rejoignant les rangs du chick-flick regardable : mi-vulgaire / mi-mièvre, mi-caca / mi-cupcake.