Revenu de Cannes en 2009 la boutonnière ornée de son prix Un Certain regard (la récompense n’a jamais aussi bien porté son nom, soit dit en passant), Canine faisait office de rare ambassadeur d’un cinéma grec en grande perte de vitesse (quatre-vingt dix longs-métrage produits en 1971 contre dix en 1992 même si ça s’arrange un peu après) et se dégageant un peu de l’écrasant héritage Angelopoulos. Et c’est peu dire qu’il s’en écarte, tant le film de Yorgos Lanthimos s’inscrit plutôt dans la droite lignée d’un Michael Haneke décidément dans tous les coups cette année. L’histoire ? Une famille vit recluse dans une maison au jardin emmuré, perdue au fin fond de la campagne. Les enfants (âgés de 20 à 30 ans) ne l’ont jamais quittée et ont reçu une éducation rigoriste voire carrément fascisante (mieux que la lettre de Guy Môquet, c’est dire), destinée à les préserver du monde et de sa dure, très dure réalité en en réinventant jusqu’au langage (quand l’un des gosses demande : « Dis Papa, c’est quoi une foufoune ? », le père, déstabilisé mais rattrapant le coup : « C’est une grosse lampe »).

Comme toujours, quand un film vise à ce point la désincarnation, il n’est pas seulement le meilleur remède à l’insomnie mais bien aussi un joli condensé de sociologie pour le nuls. Haneke, comme l’ami Lanthimos, ne filment ni des hommes ni des corps mais des échantillons coincées entre deux fines lamelles de verre à placer au microscope et à examiner avec toute la rigueur scientifique dans la froideur d’un laboratoire de chercheur. A la limite, dans ce registre, on préférait Microcosmos, étude d’espèce un tantinet plus funky. Animalisés, les personnages de Canine ne sont qu’un prétexte pour un discours anti-tout, crachant une haine du tout contemporain, de la communication au repli sur soi généralisés des sociétés dites modernes. De la société du spectacle à la société de consommation, rien qui ne nous soit épargné dans la famille des pensées les plus clichés, autocollants apposés à n’importe quoi dès qu’il s’agit de penser un peu les autres et leur ensemble. Néanmoins, et juste parce que ce n’est pas Haneke lui-même qui l’a fait, on épargnera le film avec un 1 sur 5. Et c’est déjà pas mal.

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