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Consternation, à bien des titres, en découvrant le troisième film de Michel Piccoli. Consternation qui tient d’abord à Piccoli lui-même, et au dur constat qu’il faut dresser de son passage à la mise en scène : après Alors voilà, le calamiteux La Plage noire et le film qui nous occupe ici, il est clair que c’est pas tout à fait le cinéaste dont on avait rêvé. Petit pincement, quand même, puisqu’il s’agit d’un acteur mythique, peut-être la plus belle filmo, quasi sans faute, de tous les acteurs francophones. Côté mise en scène, ce n’est pas vraiment le grand chelem.

Il faudrait commencer par décrire ce que c’est que ce film, mais cela semble déjà une gageure, tant il ne ressemble à rien. Un petit monsieur s’apprête à pique-niquer sur les marches d’un escalier de ciment, tandis que sur une plage abandonnée deux fofolles ramassent coquillages et crustacés en jappant de bonheur. Back to Paris, on retrouve notre bonhomme qui organise un mystérieux trafic de bouteilles de vin entre deux appartements dont on tarde à comprendre qui y vit exactement. Puis, tout s’éclaire, le petit monsieur, polisson à l’âge bien avancé, navigue entre l’habitat de madame son épouse et celui de mademoiselle sa maîtresse. Les deux appartements sont sans âge, uniformément laids, très bourgeois. Le foyer de la matrone est sinistrement ordonné, sans folie. On s’y emmerde. Celui de la maîtresse par contre est un lieu entièrement voué aux plaisirs : peaux de bêtes couvrant le sol et qu’on enfile en se pâmant de joie, repas gras servis dans l’allégresse générale. Il n’y a rien à comprendre, pas vraiment de dialogues, davantage des bruits gutturaux, humides, des petits gémissements, des onomatopées. Par ailleurs, le film est complètement marron.

Son programme peut-être résumé ainsi : une mini troupe de théâtreux glapissent et sautillent d’un intérieur à l’autre. Relecture grotesque de la comédie bourgeoise du trio mari / femme / maîtresse. Le spectacle se rêve raffiné dans sa manière d’y aller gaiement dans le coq-à-l’âne, la fantaisie (la grande clé du cinéma des bourgeois), la farce. Il a presque quelque chose de réellement dégoûtant, au sens propre, si l’on peut dire, du terme. Image dégoulinante comme le maquillage des mémères emperlousées, bande son triturée de bruits malades, tel celui émis par une tasse mouillée de thé, brisée en trois morceaux que l’on touille dans sa soucoupe. Pire, pour les amateurs, qu’une craie crissant sur un tableau. Mordez une ceinture de sécurité, vous aurez une idée de quelles sensations le film est fait. Ça dure une heure quinze comme ça, c’est une torture, une proposition de gâtisme benêt, un batifolage où dindon tousse et dondons gloussent.