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sur 5

Ni bon ni mauvais, Brooklyn Babylon dit bien l’indifférence gargantuesque qu’évoque désormais Marc Levin. Consacré en 1998 par le tout Cannes avec Slam, à l’origine même d’une polémique d’initiés (il gagne la Caméra d’Or, le prix du débutant malgré un riche passé de documentaires), le cinéaste disparaît ensuite sans laisser de trace, en classique feu de paille du cinéma indépendant. Alors que Saul Williams, slamer en chef et révélation du film, voit son prestige grandir à chaque album, le pauvre Levin reste à quai. Seul fait d’arme : Whiteboys, une comédie sur des blancs parlant comme des noirs, sortie voici trois ans en plein cagnard estival.

Puis il passe à Brooklyn Babylon, qui croupit sur le marché des distributeurs depuis 2002. Enfin visible sur une petite quinzaine de copies, le film ré-entonne la petite ritournelle Levinienne : brassage des cultures, guerre des gangs, poésie des quartiers chauds, universalisme Benetton et réalisme à l’épaule. Solomon le noir et Sara la juive vivent une histoire d’amour sans cesse compliquée par leur communauté respective. Des Roméo et Juliette à Brooklyn, nuance que Marc Levin croit révolutionnaire et exploite à mort. Exit donc la passion romantique, filmée en quatrième vitesse comme un truc évident. Le film s’en sert plutôt comme d’un point de départ, un cas d’école pour clamer la misère et l’injustice du quart-monde. Les juifs intégristes, les manifs pacifistes, les rastas, les musicos, les blacks violents, en bref distinguer les bons des méchants, voilà ce qui intéresse profondément le metteur en scène.

Mais gros problème : muselé par le politiquement correct, Levin en reste à l’observation simplette. Sclérosé par une symétrie lourdingue, le film multiplie les va-et-vient mécaniques entre les deux clans, enfonçant au passage le maximum de portes ouvertes. Les blacks déconnent parce que les juifs abusent et inversement, les tourtereaux sont charmés par leur jardin secret-cliché (Solomon fait découvrir le rap à sa copine, qui adore bien sûr), le film se gargarise de démonstrations laborieuses. Un positivisme niais qui contamine même les indéniables plus (direction d’acteurs, situations fortes) de ce Brooklyn Babylon, film lesté par les discours éculés d’un cinéaste qui n’a finalement pas grand chose à dire.