Un lycée d’une banlieue américaine. Un élève solitaire enquête sur la disparition de son ex petite amie, façon privé en culottes courtes, et s’englue dans une rocambolesque histoire de trafic de drogue mêlée de crimes passionnels. Rian Johnson n’y va pas par quatre chemins pour tracer le dessein de Brick. Réutiliser le canevas du film noir à la sauce teenager, l’idée n’est pas neuve (remember Bugsy Malone d’Alan Parker avec Jodie Foster enfant) bien que le jeune cinéaste ne se carapate pas derrière le pastiche ou la parodie. Au contraire, le film épouse chaque contour du genre avec une rigueur sans faille, fidélité payante puisqu’en trois plans, Brick vole de ses propres ailes, incroyablement clair et affûté, bien ancré dans son intrigue et le nappage formel qu’il s’est choisi.

L’écriture exploite les potentialités enfantines du polar avec une frontalité bienvenue, faisant du réalisme et de l’étude de caractère des objets ludiques. Le film noir, grave, théâtrale, étouffant, se rafraîchit d’être ainsi plaqué à la nouvelle urbanité des banlieues. Il faut voir l’aisance avec laquelle le cinéaste suit l’anti-héros Joseph Gordon-Levitt, qui habite le décor avec une maîtrise insolente, s’appropriant les espaces (l’architecture du lycée n’a pas de secret pour lui, à la fois QG et planque idéale), s’infiltrant dans les lotissements et les parkings de supermarché. La fluidité du personnage, petit prince de ce conglomérat de micro-mondes, est la clé de voûte du film : Rian Johnson ne cesse de cadrer de près ses savates élimées, symbole du classicisme réconfortant de la structure et de la souplesse bricoleuse qui en découle.

Le film est bien aidé par les acteurs, petits monstres de professionnalisme déjà vus pour la plupart à Hollywood. Ils incarnent ce ping-pong de fraîcheur pubère et de virtuosité miniature qui quadrille le film, indéniablement indépendant mais fier de l’être, sourd à toute velléité évolutive. Ici tout semble à l’état ovulaire et dans le même temps parfaitement abouti. Ce qui conduit à considérer le maniérisme de Brick comme nain dans le bon sens du terme : il travaille un matériau mythique dans un périmètre restreint, et plus il court après une certaine idée du perfectionnisme (dans le déroulé des codes du polar, notamment), plus il se recroqueville. En témoigne la dégradation physique du jeune privé au fur et à mesure du film, au bord du coma au cours d’un finale où paradoxalement il retourne toutes les cartes de l’intrigue. La fin de l’enfance vue comme une contre quête initiatique, où la maturité mène directement au néant social et affectif, voici ce que propose Brick avec une implacable volupté.

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