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sur 5

La France à l’assaut de la série B, voire Z, voilà qui constitue une bonne nouvelle. C’est en tout cas le projet ambitieux que le label Bee Movies, filiale de Fidélité Productions, s’est promis d’accomplir depuis l’année dernière. Hélas, en l’espace de quelques mois, la louable entreprise s’est muée en usine à navets, peinant à confirmer le talent d’un cinéaste pourtant doué (Laurent Tuel et son exsangue Un Jeu d’enfants) ou laissant carte blanche à un petit frimeur accro à la PlayStation 2 (le calamiteux Samouraïs de Giordano Gederlini). Si Bloody Mallory s’avère plus modeste que ses prédécesseurs, et, pour cette unique raison, nous pousse à une certaine indulgence, le premier long de Julien Magnat n’en demeure pas moins une indécrottable croûte, laborieux pastiche de film d’horreur à la sauce queer.

Ersatz cinéma de Buffy contre les vampires, Bloody Mallory suit les aventures d’une bande de mercenaires des temps modernes -drag queen et bimbo décolorée en chefs de file- qui combattent les forces du Mal afin de sauver le Pape. On aurait aimé prendre la défense de cet objet foutraque aux allures de creuset fauché, où se bousculent science-fiction et culture pédé, franchouillardise et débordements gore, mais l’apprenti réalisateur foire à peu près tout ce qu’il tente. Vannes Carambar, bastons mollassonnes, comédiens en roue libre : ce qui aurait dû ressembler à un divertissement, même light, devient vite un chemin de croix pour le spectateur, atterré par un tel manque d’humour et d’imagination. Pire, Julien Magnat se révèle incapable de mettre en scène ses rares étincelles scénaristiques, noyant l’ensemble de sa pellicule dans un magma visuel sombre, laid, et désespérément uniforme, où la lumière et le cadre n’ont, semble-t-il, pas leur place. Seul un personnage nous sort -brièvement- de notre torpeur : la dénommée Talking Tina, gamine muette aux pouvoirs télékinésiques, qui, entre deux lectures de Picsou Magazine, s’amuse à sonder les pensées de ses camarades. Hormis les trois ou quatre apparitions de la merdeuse à couettes, point de salut : Bloody Mallory a beau se réclamer bis, c’est un désastre tout court.