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4
sur 5

A près de 70 ans, Kinji Fukasaku est une figure légendaire du cinéma japonais. Spécialisé dans les films de yakusas qui ont fait sa renommée et l’ont placé en marge du système officiel, il cultive un esprit frondeur que les années n’ont apparemment pas altéré. Avec son nouveau film, Fukasaku relance la polémique. Malgré son énorme succès populaire, Battle royale a en effet défrayé la chronique lors de sa sortie au Japon, certains mauvais esprits lui ayant reproché de faire l’apologie de la violence. Un an après, le film débarque enfin en France où l’on espère que le public saura dépasser ce faux débat pour profiter pleinement d’une oeuvre audacieuse et intrépide.

A partir du fantasme futuriste d’un Japon au bord du chaos, au sein duquel les jeunes ont perdu tout respect pour leurs aînés, le film met en scène la solution trouvée par les autorités pour rétablir l’ordre dans le pays. Celle-ci a pour nom « Battle royale » et prend la forme inédite d’un jeu malsain destiné à mater cette génération de fortes têtes. Chaque année, une classe de collège désignée au hasard est donc envoyée sur une île déserte pour participer à un véritable massacre à l’issu duquel ne doit rester qu’un seul survivant. Les participants disposent d’une carte, d’une ration alimentaire et, chacun, d’une arme différente. Ils sont en outre équipés d’un collier qui les place sous le contrôle d’un arbitre (Takeshi Kitano, grandiose) qui dispose sur eux du droit de vie ou de mort. On l’aura compris, la force du film réside en grande partie dans la finesse de son dispositif pervers, un vrai régal pour le spectateur qui assiste médusé aux combats à mort de ces jeunes encore en uniforme d’école. Tout en en reprenant le principe, Battle royale renvoie ainsi aux oubliettes les jeux de plage bon enfants des émissions du type Survivor et autres Koh Lanta en allant jusqu’au bout du concept. Les adeptes de la Real TV apprécieront.

Fukasaku sait aussi parfaitement agencer les multiples combats qui structurent le film. Souvent très inventifs, mis en scène de manière dynamique et efficace comme dans n’importe quel honnête film d’action, ils ne sombrent jamais dans la morne répétition. Le cinéaste semble même prendre un malin plaisir à conférer aux intrigues de base du teen movie (en gros qui aime qui ? et qui déteste qui ?) une envergure tragique. Dans Battle royale, un flirt ou une dispute peut ainsi décider de la vie ou la mort d’un « joueur ». Placé à une époque et dans un lieu indéterminés, le film affiche d’emblée une virtualité proche de celle du jeu vidéo, ce dont témoigne aussi la succession presque automatique des attaques. Ce vieux briscard du cinéma qu’est Fukasaku n’aurait-il pas en vérité réalisé l’un des films les plus novateurs de l’année ?