Film écrit entre deux Amériques, celle de Bush et celle d’Obama, Away we go se devait de n’être plus l’un de ces films sous-dépressifs dopés à l’imagerie hopperienne trop glacée auxquels nous avait habitué Sam Mendes, cinéaste de l’american fail of life et des illusions perdues, depuis American beauty jusqu’aux Noces Rebelles (son climax : l’Amérique sombrant comme le Titanic). Inversant presque tout ce qui avait fait sa renommée (l’immobilité des personnages, le blocage dans l’espace, le cynisme), Mendes livre sans doute son film le moins médiocre. Avec l’élection d’Obama, les scénaristes Dave Eggers (co-auteur du scénario de Max et les Maximonstres, le Spike Jonze) et Vendela Vida ont même dû forcer la dose sur l’optimisme (dans une première version, le couple finissait par fuir les Etats-Unis et s’installaient au Costa Rica).

Burt, grand barbu geek (l’excellent John Krasinski de la géniale équipée The Office) et la très enceinte Verona (Maya Rudolph, sosie d’Oprah Winfrey et de Michelle Obama dans le Saturday Night Live) ratissent le territoire américain en quête d’un lieu où élever l’enfant qui vient. De Tucson à Miami en passant par le Wisconsin, leur road-trip les emmène chez parents, amis, ex-collègues, et se mue en une visite du musée USA où Mendes s’éclate à dresser un recueil de portraits et de caricatures d’un monde miné par une décennie d’immobilisme politique et de repli sur soi, comme un adieu à ce qui avait été son fond de commerce dans les années 2000.

Sorte de blockbuster indé (c’est un peu son Little miss sunshine), Away we go est presque un film à sketches, laissant place à quelques morceaux de bravoure (Maggie Gyllenhaal, hilarante en hippie bobo). Mendes se la jouant un peu moins, son film bénéficie de cette modestie nouvelle, et même le décor 100% carte postale de chaque arrière-plan en devient moins agaçant. Mais Bush définitivement parti, la crise amoindrie, le rêve relancé et l’espoir ressuscité, Mendes n’aura désormais plus rien à filmer avant la prochaine désillusion et va bien s’ennuyer. Qu’il vienne à Paris.

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