Il est pas mal le dernier docu-fiction d’Amenabar. On y découvrira, notamment, comment une certaine Hypathie, monarque (très) éclairé avant l’heure, aboutira aux premières théories héliocentristes au IVe après J.C. Soit un bon millénaire avant que Copernic et Galilée ne lèvent les yeux au ciel. On y apprendra aussi, gaffe au troublant écho, que les guerres de religions ne datent pas d’aujourd’hui, que les intégrismes de tous bords sont autant d’obstacles au progrès et qu’il est un martyr trop souvent oublié de ces querelles d’illuminés : la raison. C’est qu’il voit grand Alejandro. Comme jamais. Non content de décalaminer le péplum, son Agora se veut à la fois destin de femme, manifeste quasi athéiste, plaidoyer féministe, vulgarisateur scientifique, précis d’Antiquité, spectacle épique, sans que jamais rien ne soit en creux, mais toujours attaqué de front. Et avec tous les tics dialectiques de l’étudiant en Deug d’Histoire.

Générique. Plans du cosmos, des planètes, de la Terre, et grand zoom sur l’Egypte façon Google maps. L’intro classique, genre « De tous temps, les hommes ont regardé vers le ciel… », avec la petite pointe d’ambition stellaire en prime, métaphore de notre appartenance au grand Tout qui augure d’un grand étouffe-chrétien didactique. Confirmation dans la dissertation qui suivra. Dans Agora, les plans sont comme des conjonctions de coordination, de simples chambranles argumentatifs destinés à amener la séquence suivante. Agora fait preuve d’une effarante littéralité, jusqu’à sa photo de téléfilm qui s’applique à bien éclairer chaque zone d’ombre, à redresser chaque point d’interrogation jusqu’à l’exclamation. Il y a toujours eu chez Amenabar ce penchant pour l’édifiant, cette envie de démontrer coûte que coûte, mais ce sacerdoce passait jusqu’alors par une petite forme, des films-vasistas qui ne pouvait contenir le monde (idéalement Les Autres). Rien de cette humilité dans Agora qui se pique lui de grandeur, de grandiloquence, pour ne déboucher que sur une théâtralité mal assumée, un cours magistral qui ne l’est jamais. Et c’est là que la comparaison récurrente avec Rome (inévitable si l’on en croit certains commentaires) ne laisse pas d’étonner. Car enfin, si la série de Milius partage avec Agora une même approche réaliste de l’Antiquité (comme terreau de la civilisation), un même goût pour la chose politique et religieuse, l’envergure tragique qu’elle déploie, son amplitude strictement cinématographique nous paraît tout autre : il y a d’avantage de cinéma dans la seule séquence du meurtre de César que dans l’intégralité du prêt à penser d’Amenabar. Tout instructif qu’il soit, et si l’on veut bien reconnaître une certaine audace à vouloir ainsi tout embrasser, Agora ne dépasse finalement jamais le stade de la production BBC bien fichue. A force de ne faire aucun choix esthétique ou narratif, de tout écrêter au même niveau, ne reste du film qu’un immense arrière-plan sans âme, une longue phrase ânonnée qui ravale un sujet fort (Hypathie) au rang de complément. Bientôt sur Discovery Channel ?

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