Un Rashomon grenoblois avec Miou-Miou en tenancière d’une boutique de souvenir et André Dussollier en ex avant-centre du Grenoble Foot 38, ainsi se présente cette Affaire de famille, gentil premier film aux allures de PJ customisé (mais mieux que ça, vous allez voir). Ça commence par un braquage au stade : lors d’une imaginaire demi-finale de coupe de France (Grenoble vs Dijon : 1-3 score final, un hold-up en soi), on vole la recette des guichets, de la buvette et du stand de frites. Butin : 187 000 euros. Deuxième temps fort, la cabane au fond du jardin de Mr et Mme Guignebont part en fumée. Qui a pu faire ça ? Des supporters éméchés lanceurs aléatoires de fumigènes ? Ou bien, hypothèse radicalement flippante : y a-t-il un lien avec l’affaire du stade ? Mystère. Arrivé là, on arrive encore à respirer, le souffle pas trop coupé par l’intrigue et le rythme, dont le point d’intensité maximale est atteint lorsque l’inspecteur Vivant s’exclame : « mais madame Guignebont, vous y teniez, à vos plantes ? Et vous auriez vous-même incendié la cabane du jardin !!! ».

Mais après, ça se corse. Certes, ici les inspecteurs de police portent la veste de cuir réglementaire et les voyous jouent avec des couteaux pour passer le temps. Mais on a dit Rashomon, ou Snake eyes, ou tout autre film qui, à l’image d’Affaire de famille, joue la carte de la multiplicité des points de vue pour révéler les tenants et aboutissants d’un même événement aperçu sous tous les angles possibles. L’inconvénient de pareil procédé est facile à percevoir : il oblige à revoir deux ou trois fois certaines scènes, avec des angles nouveaux, certes, des points de vue inédits qui chacun révèle une part de vérité, certes, mais tout de même, étant donné que la mise en scène ne brille pas non plus par sa éblouissante virtuosité, bon, se coltiner tout deux ou trois fois, ça peut décourager. Mais enfin on finit par se prendre au jeu, sur l’air de laissez aller c’est une valse, parce que le récit se tient, ménage son petit crescendo avec amour, retombe assez bien sur ses pieds, va jusqu’au bout de son idée. Alors un Rashomon près de chez vous, pourquoi pas, à moins d’avoir envie – c’est toujours préférable -, de ne pas se contenter de peu.

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