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4
sur 5

Après un come-back en forme de pétard mouillé avec La Repentie de Laetitia Masson, navet où elle n’était même pas belle et qui s’est bien ramassé au box office, Isabelle Adjani retrouve enfin un rôle à sa mesure. Tiré du répertoire classique, le rôle d’Ellénore -amante passionnément éprise du jeune Adolphe- prouve définitivement qu’Isabelle Adjani est bien l’une des meilleures tragédiennes de France, capable d’animer de son charme sans âge les rôles les plus romantiques de la littérature. Presque trente ans après Adèle H. de Truffaut, elle apparaît à l’écran, immaculée et sans la moindre ride, comme si les années n’avaient pas défilé -un véritable miracle, pas loin de battre la métamorphose d’Isabelle Huppert dans La Vie promise.

Adapté du chef-d’oeuvre éponyme de Benjamin Constant, Adolphe permet à Benoît Jacquot -en passe de devenir le monsieur littérature française du cinéma après Sade et La Fausse suivante- de réaliser une transposition extrêmement fidèle à l’original, jouant même le jeu d’une certaine littéralité. Réputé inadaptable, le texte de Constant est en effet axé sur le monologue interne de son héros -un jeune homme épris d’une femme plus âgée qu’il aime déjà moins une fois conquise. Le grand mérite de Jacquot est avant tout d’avoir su mettre en valeur la matière littéraire du livre de Constant, l’un des plus beaux textes jamais écrits sur les vicissitudes du cœur humain. Point d’esbroufe, ni de scène choc, ici la réalisation est toute entière consacrée au respect d’une écriture qui est en fait la vraie vedette du film. Les situations se succèdent selon un rythme presque nonchalant, marqué par une quasi absence de dramaturgie forte, au profit d’un enchaînement de scènes presque convenues. Certains trouveront l’adaptation un brin mollassonne, voire monotone dans sa manière de suivre sagement les incessants atermoiements d’Adolphe, toujours sur le point de quitter Ellénore, mais comment ne pas voir au contraire dans cet ennui répétitif le drame même de cette histoire ?

Pour soutenir l’intensité du texte de Constant, Jacquot sait comme d’habitude très bien s’entourer en choisissant des acteurs dont il sait tirer le meilleur parti, chacun évoluant dans un registre différent -passionné pour Adjani, minéralement froid pour Merhar, bourgeoisement désabusé pour Yanne. Avec Adolphe, Jacquot démontre une nouvelle fois qu’il est un formidable directeur d’acteurs, parvenant toujours à leur faire trouver la juste tonalité. S’il n’est sûrement pas le plus excitant des cinéastes français -frôlant par trop de respect un certain académisme-, Jacquot a su en tout cas avec Adolphe réussir un pari cette fois-ci risqué.