Qu’importe les films, qui nous ont souvent gonflés, on a toujours bien aimé Valéria Bruni-Tedeschi. Balise attachante de l’IDHEC connection des 90’s, à la fois corps-dépositaire le plus évident de son imaginaire (de son indécision chronique, de ses névroses d’appartement) et vraie valeur ajoutée. Sa silhouette lourde-légère en traversait le paysage morne avec une grâce certaine, tout en fausse transparence, réveillée par un débordement aléatoire, une formule faite d’affects accidentels, spasmodiques (un art aiguisé du fou rire tranchant ou de la larme contenue dans sa belle voix cassée), développant souvent une espèce de burlesque grand-bourgeois dont on a pu éprouver la séduction. Cette proposition de jeu, probablement la plus intéressante du lot, aux côtés d’un Denis Podalydès, Bruni-Tedeschi l’avait étendue à l’échelle d’un film il y a quatre ans. C’était Il est plus facile pour un chameau, et, si on n’en était pas exactement fou, la première chose qu’on se dit au sortir du pénible Actrices, c’est que ce coup d’essai n’était vraiment pas si mal, au fond. Son mérite était justement celui de Bruni actrice, cette manière de se tenir à l’affleure du cinéma où elle était née, mais en le pliant à sa singularité et à son rythme.

Deux choses frappent au moment de mesurer le chemin parcouru depuis cette première tentative derrière la caméra. D’abord, l’impression que ce chemin s’est fait en marche arrière, à rebours de l’effort fourni par Il est plus facile… pour s’élever sur le fond de commerce de la comédie bourgeoise pour trentenaires névrosés. Ensuite, celle, conjointe, qu’en se présentant comme son prolongement direct (les mêmes motifs sont déclinés, nourris à une identique source autofictionnelle, la mère de Bruni reprend son rôle…) et une manière d’élargissement, le film se donne surtout à voir comme un rétrécissement, un rabougrissement de son imaginaire. Décalquée depuis la Federica de Il est plus facile…, Marcelline, comédienne quadra flippée, rame à la scène, où elle joue Tourgueniev, comme à la ville : Marcelline doute, veut un gamin mais n’arrive pas à garder un mec, et encore moins à grandir elle-même, etc.

Autour d’elle, papillonnent, au rythme usé d’une partition trop connue : Noémie Lvovsky (coscénariste), plutôt bien en ancienne aspirante comédienne qui a renoncé et fait un mouflet ; Amalric, qui fait du Amalric en metteur en scène péteux et halluciné ; Garrel Maurice en fantôme du père ; Garrel Louis en jeune premier bôgosse. Du lourd, donc. Du lourdingue, aussi, à mesure que l’histoire de Bruni/Lvovsky s’étrangle dans le vieux décorum du genre, dont elle semble vouloir exhumer tous les clichés : introspection à la piscine municipale, père qui revient en fantôme sur canapé, et fantaisie hystérique pour lier le tout. C’est surtout un problème de sujet, au fond. Celui, autarcique, de Il est plus facile…, ouvrait finalement de vraies perspectives. En voulant élargir le champ à un enjeu socio-générationnel, et à une envie de brocarder le microcosme théâtreux (entre Bridget Jones rive gauche et Opening nights minuscule), Actrices tourne en rond, ratatiné en circuit fermé, peu partageur. Et, cherchant la satire d’un milieu, ne trouve, à son insu, que la caricature d’un cinéma qui n’en finit pas de ne pas vouloir mourir.

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