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sur 5

Love, etc., Rien à faire, A boire. Quelques titres de la filmo sans histoires de Marion Vernoux sont déjà l’indice d’une direction possible de son cinéma, quelque part sur le tapis mou d’une sorte de flapitude. Cinéma ramollo, raplapla, batteries vides de ces comédies qui, c’est heureux, ne s’acharnent pas à capter un quelconque « air du temps », mais, plutôt se préoccupent de saisir à quoi ressemblent les trous du temps. Glandouille chômeuse au supermarché réouvrant des fenêtres amoureuses qu’on croyait grippées (Rien à faire), ou, comme ici beuveries à plusieurs en attendant mieux, échouages de fins de nuit, ronflements post-digestifs. A boire se voudrait une comédie éthylique, où l’écriture et la mise en scène, à l’image de ses acteurs, seraient en permanent état comateux. De fait, A boire est un film assez pochetronné, mais, problème, ne tient pas l’alcool. Il n’a pas vraiment l’alcool triste, pas plus qu’il n’est volubile au contact de quelques breuvages enchanteurs. Juste ramolli, un peu lourd.

Dans une station de ski, trois personnages qu’une circonstance peu imaginative -un carambolage en bout de piste- fait se rencontrer : un médecin remplaçant fraîchement lourdé par sa femme pour cause d’alcoolisme (Baer), une hôtesse d’accueil un peu pouf (Béart), un apprenti skieur (Kélif) dont, après vision du film, on se demande toujours ce qu’il vient faire là. D’ailleurs, c’est la catastrophe générale du film, ce manque de précision. A faire de l’éthylisme un vague principe de mise en scène (why not), Vernoux lâche très vite les commandes du film, lequel s’empresse de ne rien faire, sinon flotter comme une olive dans un cocktail, l’oeil morne. L’explication à cet ennui pénible qu’il distille, il ne faut pas la chercher plus loin : mollesse coupable de la comédie, quand elle s’en remet à ses acteurs, faute de mieux -en oubliant de les filmer, comme elle oublie de filmer le reste (la géographie de la station de ski, comme le reste, n’embraye sur aucune mécanique comique). Et le petit numéro de Baer, médecin torché en consultation, tourne court quand il n’est pas filmé. Et les pauvres gags autour de ses deux comparses, d’une affligeante platitude, ramènent illico aux pantalonnades miteuses des comédies franchouillardes des années 80. Pas de vapeurs d’alcool, dans cet A boire, qui s’échine à faire aimer ses pauvres personnages et ses pauvres situations, s’entiche de la comédie dépressive sans renoncer à de tristes élans de pochade. Pas de lourdeurs d’estomac non plus à vrai dire. Juste l’impression d’être enfoncé dans un canapé moche avec trois Mister Cocktail derrière la cravate, en feignant de croire qu’on est au coeur de l’ivresse.