PARTAGER
4
sur 5

Le label electro Leaf a commencé ses activités en 94. Pour ceux qui découvrent ce nom, la compilation Lost for words est l’occasion idéale d’apprécier les richesses éclectiques de cette écurie britannique de renom. Créé entres autres par Tony Morley (ancien du label 4AD) et Julian Carrera, le label a commencé tout doucement en parachutant des maxis vinyles de Boymerang (groupe alors inconnu au bataillon, qui fut ensuite repéré par Regal) édités à 1 000 exemplaires… Fort de son expérience au sein du label 4AD, Morley eut ensuite la très bonne idée de lancer quelques galettes de Murcof, Rob Ellis, Beige, Eardum ou encore Faultine ; une kyrielle de groupes qui n’ont à priori aucuns atomes musicaux crochus… Ce qui connecte tous ces artistes, c’est peut-être la manière de voir la musique électronique comme un pont vers l’avenir et la recherche sonore, sans pour autant dénigrer les instruments acoustiques. Du metteur en son Canadien Manitoba (Dan Snaith nous propose ici Air doom, une brise electronica virevoltante) à Gorodisch (parachutant ici The Killing, un inédit post-rock délicatement balancé), en passant par le Mexicain Murcof (son titre Mir nous propulse dans des sphères électrisantes et veloutées), les itinéraires sonores empruntés par ses artistes déroutent pour mieux séduire, s’entrechoquent pour mieux construire. Au beau milieu de ce paysage électronique, Leaf a également débauché la paire Boom Bip & Dose One (pas d’inédits malheureusement, mais deux titres issus de l’album Circle), comme pour chambouler encore plus leur donne lyrique. Et cela fonctionne à merveille…

Dans le même esprit que le sampler Osmosis (une compilation sortie en 99), cet opus fourmille de trouvailles electronica très attractives, notamment parce qu’elles laissent foisonner des guitares ou des instruments à pied et à cordes, qui semblent frapper de dichotomie narcotique. Mises à part quelques lourdeurs post-lounge (Asa-Chang & Junray lassent quelque peu avec leur « hit » Hana), Leaf nous balance des bijoux à la pelle et a la bonne idée de remettre en selle A Small Good Thing (avec Saloon dreams, petite perle electro galvanisée aux arpèges de guitare béats) et Sons Of Silence (dont on avait pas entendu parler depuis plus de deux ans). Lost for words est aussi l’occasion de découvrir des extraits d’opus à venir sur le label, comme ceux du très prolifique Susumu Yokota (six albums au compteur), qui nous livre ici un des plus beaux passages de la compilation avec Fairy link, titre hypnotique où un piano insane se pose finement sur des bruines de samples aquatiques… Alors qu’on croyait avoir tout entendu, Manitoba nous largue le distingué Tits & ass : the great canadian weekend, hymne éclatée de breakbeats raffinés et autres synthés succulents, qui se noient volontairement dans une myriade de consonances cocasses. Un régal.

Lost for words constitue sans nul doute pour Leaf un bon moyen de débarquer dans les foyers assoiffés d’electronica, tout en présentant des têtes fraîches et des teasers miroitants. Leaf commence à récolter les fruits de huit années de travaux de fourmis électroniques. Il était temps.