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3
sur 5

Où l’on apprend que l’abus de shampooing est dangereux pour l’intellect. Dans le clip de La Poésie c’est fini, dansent des personnages sans tête, au milieu d’une laverie automatique. Nicolas Errèra et Ariel Wizman, enfermés dans une essoreuse volante, sont les témoins retranchés (ou les instigateurs) de ce lavage de cerveau. Le tournoiement hypnotique du linge derrière le hublot fait signe vers la répétitivité des bpm, et littéralement, nous perdons la tête.

Shampoo victims est la bande-son electro-pop d’une apocalypse indolore, le moteur disco-nihiliste d’un corps qui danse, simple système nerveux réagissant à l’influx des basses et des aiguës, tel un insecte décérébré, branché sur la hi-fi, dans un paysage de dessin animé. Continuation vide de sens, il danse selon le principe d’inertie qui veut qu’un corps en mouvement continue de se mouvoir tant que rien n’empêche ce mouvement. La Nuit est là. Le nihilisme easy-listening de Grand Popo s’exprime à travers les titres des chansons, lyrics accessoires, répétitions d’une négativité ou d’une vacuité : La Poésie, c’est fini, Men are not nice guys, Nothing to say in a house song. Post-situationniste, Shampoo victims pointe du doigt l’absurde permanence des signes quand tout a disparu : disparition du langage (« il n’y a rien à dire dans un morceau house »), disparition de la valeur (« encore une chanson au supermarché »), disparition du mystère (« la poésie, c’est fini »), disparition du sens (« chaque doigt a une attitude » !).

Toute l’ambiguïté du propos de ces deux anciens étudiants en philosophie tient à l’énonciation de tels slogans désenchantés sur une disco-house festive. Nous subissons la double contrainte d’un excessif hédonisme accolé au constat de la perte du sens, comme s’il fallait s’en réjouir, après nous, le déluge. Shampoo victims se présente comme pur objet de consommation, dans l’affirmation cynique ou autodérisoire : « Je veux plus d’argent » (Yo quiero mas dinero). Second degré ou pop-art, les gimmicks de Moog à la Jean-Jacques Perrey, les beats moroderiens, les samples 80’s, tout tend vers une froide gaieté synthétique, un insoutenable bonheur consumériste. On peut donc s’amuser, danser sur la musique de Grand Popo, si on oublie son propos latent : la réification de l’humain, dans un sourire de Joker. A défaut de danser avec la tête, on peut toujours danser sans.