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Survivants de la foire internationale du Big Beat, Lo-Fidelity Allstars est le genre de formation qui, à la croisée des chemins entre l’indie-rock post-Madchester et le groove le plus efficace, aurait pu tomber en désuétude. Largués par leur chanteur mais sauvés par un succès américain imprévu, ils sortent aujourd’hui Don’t be afraid of love, vaste entreprise de dance-music populaire et hybride.

Chronic’art : Vous sentez-vous soulagés que l’album sorte enfin ?

Oui parce qu’on a quand même passé 18 mois à travailler dessus. Et puis comme le groupe a changé, notre chanteur est parti, c’est bien que les gens sachent qui on est maintenant.

Votre premier album date d’il y a 4 ans et il semble que vous ayez passé énormément de temps à tourner afin de le promouvoir…

On a carrément passé un an aux States en 1999, c’était notre année américaine et c’est vrai que si les choses n’avaient pas décollé comme ça pour nous aux USA, ce nouvel album serait sorti un an plus tôt. Nous allions commencer à bosser lorsque le succès nous est tombé dessus, on a essayé de travailler sur la route pendant la tournée mais ce n’était pas évident. Comme tu peux l’imaginer, il y a beaucoup de distractions pour un groupe anglais qui fait une première tournée là-bas ! (rires) Et puis finalement ça nous a permis de prendre du recul. Si nous avions été rapidement en studio, le résultat aurait probablement été trop proche du premier.

Est-ce que le départ de Dave, votre chanteur a donné une nouvelle impulsion, un nouveau départ au groupe ?

Oui, c’était assez intéressant car ça nous a permis de nous concentrer sur de nouveaux samples, de nouvelles expérimentations avec les voix, d’inviter des guests sur l’album. Et puis les gens qui avaient fait la musique sur le premier album sont partis également, alors il fallait qu’on continue. Et nous avions du coup beaucoup plus de pistes à explorer.

Pourtant quand on écoute What you want, le premier morceau du disque, on pense à Dream baby dream de Suicide et on a l’impression d’entendre la voix de Dave…

C’est effectivement le morceau le plus proche de ce qu’on faisait avant et c’est pour ça qu’on l’a mis en premier. La manière dont le chant est traité est assez similaire à notre travail, lorsque Dave était encore dans le groupe, mais c’est bien de moi et Phil dont il s’agit. Quant à Suicide, beaucoup d’amis nous en ont parlé mais on ne connaît pas vraiment, nous voulions juste faire des drones avec des synthés et utiliser la talk-box, ce gadget qui te permet de chanter dans l’instrument et d’avoir des sons un peu moins électroniques.

En tout cas, ça sonne un peu moins stupide que Peter Frampton (qui popularisa la talk-box au milieu des 70’s avec l’inusable Show me the way, ndlr).

(Rires) En effet… On s’est plutôt inspiré de groupe funk 80’s comme Zapp et Cameo.
L’idée d’utiliser l’ex-Afghan Whigs Greg Dulli va peut-être permettre à certaines personnes de s’apercevoir que c’est un chanteur de soul…

On l’a rencontré pour la première fois à New York il y a trois ans quand on faisait ce remix pour Pigeonhed. Nous voulions faire un morceau avec lui parce que je l’avais vu en concert à Londres il y a longtemps et c’est vraiment un « Soul heart », il est incroyable, il a les mêmes influences que nous, la vieille soul, et il a gardé une passion intacte et dévorante pour la musique. Nous voulions un morceau un peu crade et grivois, il a très bien pigé le truc, il l’a fait très vite et j’espère qu’il nous rejoindra sur scène parce que ce type est génial, un vrai passionné.

C’est votre succès aux States qui vous a permis d’avoir Bootsy Collins sur le disque?

En fait quelqu’un nous avait dit qu’il voulait faire un remix, il a du nous remarquer à cause du succès, ça a facilité les choses. Nous n’avons pas voulu faire du P-Funk, cela aurait été trop évident, alors nous lui avons envoyé une ballade. Il nous l’a renvoyé avec les choristes de Parliament, son fils a rappé dessus, il avait changé des lignes de guitares, enfin il a vraiment bossé dessus. Nous avons choisi de collaborer avec des gens que nous admirions vraiment plutôt que d’aller vers les gens qui sont au top en ce moment, qu’on aurait payé cher et qui serait simplement venu cachetonner…

Plus proche de vous il y a aussi Jamie Lidell de Super-Collider, originaire de Brighton…

Jamie est une superstar ! Super-Collider mériteraient d’être vraiment énormes. Quand tu vois Radiohead et la manière dont ils traitent le son de la voix, j’y vois vraiment l’influence de Super-Collider, c’est évident. Ils méritent une vraie reconnaissance, Christian Vogel est vraiment un producteur de génie ! Jamie n’est pas juste un chanteur, il s’est vraiment investi quand il était avec nous en studio, c’est un musicien très talentueux. Il croyait qu’on était un groupe de dance-rock et ça ne l’intéressait pas vraiment. Mais Damian de Skint lui a fait écouter quelques morceaux de ce disque qui l’ont convaincu que nous étions plus que ça. Nous aimerions retravailler avec lui sur des ballades, il a la classe d’un Marvin Gaye…

Il semble que Don’t be afraid of love soit un disque plus funky et moins psychédélique et sombre que How to operate with a blown mind?

Disco machine gun et Vision incision étaient déjà dans notre esprit des morceaux pour le dancefloor, des morceaux pop… Pour le premier album nous étions au chômage, on vivait dans la merde, des baraques pourries. Contrairement a ce que tout le monde croit, on n’est pas devenus riches avec notre premier album, parce qu’on a du payer des droits énormes pour les samples qu’on a utilisé ; on est loin d’être plein aux as. Mais c’est vrai que le fait d’avoir passé tout ce bon temps aux States fait qu’on est plus ouverts, que notre musique est plus optimiste, la vie qu’on a mené était un peu plus gaie. Maintenant qu’on est de nouveau à sec, le troisième risque d’être très sombre (rires). Battleflag a été notre plus gros tube au Etats-Unis, on n’a rien touché dessus, tout l’argent est allé aux éditeurs des morceaux qu’on a samplés.
En plus, c’est un remix de Pigeonhed…

On a failli le virer de l’album à cause de ces problèmes de droits sur les samples. On n’a pas touché un centime dessus et ce morceau a été utilisé dans 13 super-productions hollywoodiennes. A chaque fois qu’on allait au cinéma on l’entendait. Nous n’avions pas notre mot à dire !

Votre maison de disques américaine vous a t’elle mis la pression ?

Non, les réactions sont déjà très bonnes là-bas. En revanche, je trouve qu’il y a plus de pression en Angleterre, le traditionnel retour de bâton pour le deuxième album… Mais tous nos amis nous ont dit que ce disque était notre premier album, parce que notre son a changé, qu’il y a plusieurs chanteurs. Il était normal après le départ de Dave de redéfinir notre son, d’être plus éclectique.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Le nouveau Timbaland, du hip-hop et du R&B en majorité, l’album de Dr Dre, l’album de Jay-Z, clairement le meilleur disque de l’année 2001. Comme je suis toujours Dj, j’écoute des trucs sur des labels comme Bolshi, Plump Dj’s, pas mal de 2-step, c’est un son très anglais et les trucs les plus connus ne sont pas terribles mais si tu fouilles un peu dans les bacs et que tu chopes des trucs underground, la production est incroyable et je peux passer ça dans mes sets au milieu de trucs R&B. Il y a vraiment des trucs incroyables bien que les charts soient très pop et que le nu-metal soit énorme en Angleterre. Mais au niveau des productions hip-hop il y a vraiment des trucs d’enfer comme Outkast : c’est vraiment cool de voir des tarés pareils dans le top ten chez nous.

Qu’écoutiez-vous gamins ? Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?

Je n’ai jamais écouté quelqu’un en me disant consciemment, « je veux faire la même chose ». Mais il y a des morceaux qui te parlent et tu finis par vouloir faire de la musique à ton tour. Quand on était gamins, on écoutaient ce qui composait les charts, on écoutait la radio et on se faisait des cassettes. Un jour, j’ai acheté une compilation electro-rap et c’est là que ça a vraiment commencé, j’aimais beaucoup Depeche Mode aussi. Il n’y a rien de mal a écouter de la pop fabriquée quand tu as 13 ans : à cet âge-là, tu as besoin d’écouter Duran Duran ou Steps avant d’aller plus loin et de découvrir des choses plus pointues.

Vous avez entendu la reprise de Kung-Fu de Curtis Mayfield par The Dirtbombs ? Ils ont repiqués l’intro du Bela Lugosi’s dead de Bauhaus que vous aviez plus ou moins « empruntés » sur Vision incision

Je crois que j’ai entendu le disque une fois, ça a l’air intéressant. Quand on a joué à Washington, le bassiste de Bauhaus est venu nous voir, on a pas osé lui dire qu’on avait pompé une de ses lignes de basse (rires). Nous ne voulions pas l’offenser, il avait l’air très gentil. Mais en fait, c’est vraiment une coïncidence, Bauhaus n’a jamais été une influence, je n’avais jamais entendu ce morceau de ma vie ou peut-être a la radio il y a longtemps et c’est ressorti inconsciemment. Pour l’instant, ils ne nous ont pas encore demandé d’argent mais il ne vont sans doute pas tarder à faire la queue comme tous les autres…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Don’t be afraid of love