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Time code incarne un nouveau genre : le cinéma en « quadraphonie », selon les propres termes du réalisateur, Mike Figgis. Sur un écran divisé en quatre sont projetés, de manière simultanée, autant de films tournés en temps réel et en une seule prise. Durant le premier quart d’heure la rétine saturée d’informations et d’images « digère » -non sans difficulté- ce dispositif éminemment complexe. Ce n’est qu’une fois le processus d’accommodation enclenché que l’on peut saluer cette performance artistique et (surtout) technique.

Mais si le film réunit, avec une certaine virtuosité, un nombre d’expérimentations cinématographiques jusque-là éparses et les pousse jusqu’au bout de leur logique (le plan-séquence, par exemple, dans La Corde d’Alfred Hitchcock était limité par le chargeur de la caméra à dix minutes de pellicule ; Mike Figgis dispose, quant à lui, grâce au numérique, d’une durée bien plus importante, 93 minutes, l’équivalent d’une cassette digitale), l’exploit nous apparaît rapidement aussi vain que ceux qui garnissent les centaines de pages du Guinness book. Le record a été battu mais la révolution cinématographique n’a pas eu lieu. La quadruple projection offre certes de multiples promesses d’interactivité mais elles ne sont qu’illusoires : alors que le spectateur est persuadé de jouir de la plus absolue des libertés -rien ne l’empêche a priori d’effectuer son propre montage, de choisir telle portion de l’écran plutôt qu’une autre- son regard, presque contre son gré, est sans cesse orienté vers une unique case, celle dont le volume sonore est le plus élevé, tandis que les trois autres sont d’un point de vue dramatique insignifiantes. D’une certaine façon, Time code avec ses plans inutiles, une femme fumant des cigarettes à la chaîne ou encore une autre déambulant dans les rues de Los Angeles, préfigure Loft story et ses plans inertes de piscine ou de chambres vides.

A ce mirage interactif s’ajoute un scénario d’une pauvreté indigente. Le film, à peu de choses près, se réduit, en effet, à un roman de gare sur Sunset Boulevard : un peu de coke, pas mal de tremblements de terre et surtout beaucoup de tromperies et de coucheries. Techniquement parfait, ce pur objet logistique aurait mérité d’être un peu plus inspiré d’un point de vue cinématographique. Lucide, Hitchcock qualifiait, dans ses célèbres entretiens avec François Truffaut, La Corde de « truc ». On ne peut que l’approuver, « première fois » rime rarement avec cinéma.

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