2
sur 5

Petite sensation typique du festival de Sundance, Séduction en mode mineur joue avec l’humeur de son époque, à la fois suiveur (l’utilisation de la DV comme gadget arty et gage d’authenticité auteurisant) et à contre-courant des modes (la charge implicite envers le teen-movie, dont il est l’envers symétrique). Le film a bien pour héros un adolescent, mais c’est un être marginal, qu’on ne verra jamais dans son habitat naturel, le college. Oscar (surnommé Tadpole -« têtard »- par le portier de son immeuble, d’où le titre du film en v.o.) porte à merveille le duffle-coat et le pantalon de velours. Il lit Voltaire dans le texte et ne manque pas de le citer, préfère la version latine à MTV, hésite quant au nom de la fac prestigieuse qu’il ne manquera pas d’intégrer au vu de ses brillants états de service. De retour chez lui pour Thanksgiving, Oscar ploie sous le fardeau d’un secret trop lourd pour son petit coeur : il est amoureux de sa belle-mère (Sigourney Weaver), une chercheuse en biologie qui partage désormais les jours de son historien de papa. Un soir d’ivresse, il tombe dans les bras, et dans le lit, de la meilleure amie de celle-ci, quadragénaire elle aussi…

Scandée par des citations de Voltaire et tournée avec peu de moyens dans les intérieurs cossus de l’Upper East Side, cette petite comédie, aussi mineure que son titre, joue de sa propre inconsistance. La culture dégainée à tout bout de champ au point de se vider de sa substance concourt ici à faire de l’inconséquence une forme de sociabilité tranquille. Pas d’insolence ici, pas vraiment de transgressions aventureuses, mais plutôt un état d’esprit inoffensif et feutré. Les quadras se baladent sans que se pose pour de bon la question de leur vieillissement. En tant que figure de l’idéal féminin, elles se dressent sans conviction contre la school girl, vue par Oscar comme une pimbêche superficielle et inculte. Pas farouches, les dames se laissent tripoter un instant, le temps d’un frisson. Au fond, le fantasme adolescent d’un flirt avec une femme mûre n’est pas vraiment assumé, à peine considéré comme un exutoire possible à la douleur de grandir. On ne couche pas avec belle-maman, Oscar l’a bien compris (puisqu’il est intelligent) et peu s’en retourner à l’école. Pendant ce temps les papas, eux, n’ont rien vu.

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