PARTAGER
3
sur 5

Produit par Steven Soderbergh et George Clooney, Bienvenue à Collinwood est en quelque sorte le double négatif de Ocean’s eleven. Pour Soderbergh et Clooney, produire un tel film (réalisé par deux jeunes cinéastes dont le premier long métrage fut repéré par le premier nommé en festival), c’est se donner les moyens de poursuivre la fantaisie autour du braquage initiée par Ocean’s eleven, en inversant cette fois les polarités : au loin le ciel de diamants de Las Vegas, place aux ombres poussiéreuses de la banlieue de Cleveland ; aux cambrioleurs top class succèdent les malfrats pouilleux ; après la contemplation émerveillée des paillettes du succès vient le ramassage des lambeaux de l’échec. Au fond, être producteur, ce serait comme recommencer éternellement le même film, tout en faisant circuler la moindre de ses coutures entre les extrémités d’une échelle.

L’équipe de bras cassés en quête de fortune de Bienvenue à Collinwood est bien un conglomérat de cousins honteux de George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts & Co. On le sent dès le premier plan (qui est aussi le dernier, ou presque), où les minables, alignés en rang d’oignons comme des âmes en peine, attendent le bus qui les ramènera à la maison : écho rachitique de la triomphale scène d’Ocean’s eleven où la bande à George se plaît à la contemplation de son chef-d’œuvre devant une fontaine, encore éblouie par l’éclat de sa prouesse. Les voyous de Collinwood, miteux clochards affamés, n’ont pour tout espoir que de perforer le coffre fort d’un prêteur sur gages. Un coup fameux et facile qui, entre leurs mains inexpertes, se transforme en une véritable mécanique de précision du ratage. Un peu long à démarrer, le film séduit en douceur, entretenant tranquillement la petite mythologie des princes losers et des Big Lebowski crados. Une pratique jubilatoire de la lexicographie des petites frappes (« Cosimo cherche un Mullinski pour faire un Bellini »), les horizons lugubres des friches industrielles filmés avec nonchalance comme une savane anachronique, l’inélégance de chaque geste, comme mu par une nécessité cachée qui le condamne à l’inefficacité, achèvent de faire de cette farce un divertissement aussi anodin que sympathique.