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Les Mains en l’air est une fable sur le Bien – on y dénonce les arrestations de sans papiers dans les écoles – et confisque toute crédibilité au moindre soupçon de remise en cause. C’est que Romain Goupil en intellectuel intransigeant, n’hésite pas à diviser le monde en deux catégories : les fachos débiles (contre les sans papiers) et les vaillants citoyens épris de justice morale (pour, évidemment). Courageux, Romain choisit son camp dès l’ouverture et ose même une vision futuriste. Il y montre deux des enfants devenus vieux – nous sommes en 2067 – raconter les « expulsions de 2008-2009 », catastrophe historique définitivement close et désormais jugée comme officiellement aberrante. De quoi conclure que la mondialisation heureuse sera l’apanage de quiconque sur la planète dans une petite cinquantaine d’années ? On se doute que la réponse est oui. Et si vous trouvez cela un tantinet démago, plus de doute, vous êtes de droite.

Retour en « 2008-2009 » : menacée par l’administration, une gamine d’origine tchétchène se planque dans la famille bien française de son camarade Blaise. Le suicide d’une maman clandestine, sur le point d’être arrêtée par la police, motive les enfants à franchir le stade supérieur de la contestation. Jusqu’à ce que Milana et les autres soient régularisés définitivement, la petite bande se réfugie dans une cave d’immeuble. Goupil a beau insister sur l’humour (un côté Goonies chez Bertrand Delanoë, en plus mal joué), l’amalgame entre les sans-papiers et les Juifs pendant la guerre écrase tout de sa bêtise. Car Les Mains est en l’air est bien un remake assumé de n’importe quel film d’occupation : confrontant les justes et les collabos (numéro gratiné d’Hippolyte Girardot en mec de droite impitoyable moquant la douce et sublime pasionaria Valeria Bruni-Tedeschi), rejouant les rafles gestapistes à l’école d’Au revoir les enfants (« vite, passez par la porte de derrière ») et les séjours en zone libre (les vacances à la campagne). Le clou du spectacle étant sans conteste la planque dans la cave, qui bien qu’aromatisée aux Pringles et au Coca, ose un obscène coucou au Journal d’Anne Franck.

Rarement film a été plus pataud dans sa manière d’asséner ses idées à coups de symboles mamouthesques et d’agiter le spectre de la diabolisation sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un embryon de débat. On passera sur l’horrifiante vision sociale du cinéaste, qui oscille entre condescendance de dame patronnesse (la visite de la famille tchétchène, posée dans le salon de ses bienfaiteurs comme une chaîne de bibelots touristiques) et petit narcissisme bobo. Les Mains en l’air, qui ne dit absolument rien de l’éprouvante condition des sans-papiers (qu’on n’entend de toute façon presque jamais), s’inquiète plutôt des tracasseries morales que leurs expulsions occasionnent à la petite bourgeoisie altermondialiste qui les entoure. Attention, pas les enfants de bobos, ni les trentenaires nantis du tertiaire, mais les omnipotents soixante-huitards, érigés ici en Jean Moulin des temps modernes. Comme Goupil par exemple, qui, pur hasard, incarne lui-même un parent d’élève modèle, patriarche encore vert dont les gamins repompent les slogans de sa jeunesse (« Nous sommes tous des Milana »). Plus lourd encore, le rôle de l’icône anti-Sarkozyste revenant à Valeria Bruni-Tedeschi, choix de casting révélateur du niveau de subversion du l’ensemble, aussi dérangeant qu’un groupe de rap de Neuilly. Pas sûrs qu’avec de tels soutiens, les clandestins puissent rêver un jour de régularisation massive.

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