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Exploitant l’engouement général des spectateurs pour un cinéma taïwanais et hong-kongais en pleine effervescence, les distributeurs européens en profitent pour distiller au compte-gouttes un certain cinéma chinois, indéniablement sélectionné pour sa valeur exotique. A l’éblouissante jeunesse des dernières œuvres insulaires (dont Tsai Ming-liang et Hou Hsiao-hsien sont les porte-parole), on peut donc opposer une tradition ampoulée, poussiéreuse et convenue du « cinéma de Chine profonde ». Zhang Yimou et Chen Kaige, par ailleurs talentueux metteurs en scène, furent les premiers à exploiter la veine : celle de films conçus pour répondre à une attente occidentale, pour satisfaire l’image que l’européen moyen aime à se faire de la Chine, et finalement alimenter des clichés. Des ces derniers, on aura donc (une fois de plus) fini par faire un marché. Prononcez jusqu’au bout Les Femmes du Lac aux âmes parfumées et vous saurez déjà à quoi vous attendre : de longs reflets miroitants sur l’onde d’un lac, des épis de blé couleur d’or secoués par le vent, bien d’autres belles images encore défilent déjà sous vos yeux…

Comme toujours, cette esthétique à la fois niaise et léchée -façon « asian airlines »- se doit de cacher une terrible tragédie, tel le calme précédant la tempête. L’histoire, celle d’une pauvre fabricante d’huile sur le point de faire fortune, est donc prétexte à développer une succession de drames de village à un rythme tenant de la performance sportive (dans la foulée : mariage forcé, enfant débile et épileptique, adultère, corruption, etc.). Xie Fei ne nous épargne rien. Sa volonté de percer outre-Atlantique, d’épater la galerie à l’aide d’un film écrit pour être bouleversant, se fait évidemment au détriment de toute cohérence filmique. Pourtant, le cinéma chinois ne s’exprime pas uniquement à grand renfort de larmes et de couchers de soleils. Un autre cinéma existe déjà, un cinéma qui prend le temps de regarder autour de soi, qui ne demande rien à l’Occident, et dont l’unique désir est d’être, car il est nécessaire qu’il soit. Tenu loin de nous par des circuits de distribution frileux, ce nouveau cinéma ne se démonte pas, et s’obstine à dévisager librement la Chine. Si vous ne me croyez pas, j’ose espérer qu’un film comme Wu artisan pickpocket saura vous convaincre.

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