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Haydn : Quatuor en ré majeur Hob.III n°3 ; Schubert : Quatuor en ré mineur D 810  » La jeune fille et la mort «  ; Dvorak : Quatuor en fa majeur op.96  » Américain « 

Le 1er violon, l’alto, le violoncelle, le 2e violon, de gauche à droite : étonnante disposition ! Et pourtant rien de plus juste pour jouer ce quatuor de Haydn ; en effet, ici, ce sont avant tous les deux premiers violons qui dialoguent, l’alto et le violoncelle n’ayant le plus souvent qu’un rôle accompagnateur (dans la tradition de la sonate en trio). Le Quatuor Petersen, formation allemande qui a travaillé entre autres avec le Quatuor Amadeus, fait donc preuve d’une pertinence confondante. Plus qu’un morceau de chauffe, ils s’attachent à faire de ce quatuor une œuvre moderne, pas si éloignée de la 2e école de Vienne. En effet tout est extrêmement tendu, les quatre archets ne font qu’un (c’est même rare de voir et d’entendre une telle fusion sonore), vont vers la même fin ; tout se réduit presque à une cellule rythmique dont ils font ressortir la place originelle, et ils n’hésitent pas à accuser certaines dissonances. En quelque sorte les Petersen cherchent à rendre à Haydn sa place fondamentale (c’est le père) dans l’histoire du quatuor.

Dans le célèbre quatuor de Schubert, ils adoptent la même démarche : des tempi assez rapides, une tension toujours croissante comme pour faire mieux ressortir l’inévitable. Dans le 2e mouvement (qui a donné son nom au quatuor : c’est un lied que Schubert avait déjà écrit en 1817 ; il avait à peine 20 ans), ils essaient surtout de ne jamais suspendre le temps comme s’il n’existait aucun répit. Leur extrême précision permet d’entendre ainsi un Schubert tranchant, bien loin de tout romantisme dévalué. Le 3e mouvement passe à une vitesse phénoménale, juste après les longues variations du mouvement précédent, tandis que le 4e est une danse macabre haletante.

Enfin le quatuor de Dvorak se découvre de nouvelles couleurs. Ils tirent le quatuor vers ce qu’il a de plus sombre et ne se laissent que peu allés pour des déhanchements jazzy qui parfois encombrent certaines interprétations. Les syncopes, la gamme pentatonique dans les gammes mineures ne prennent donc pas uniquement une résonance américaine. C’est une des dernières œuvres écrites par Dvorak aux Etats-Unis et marque aussi une certaine fin.

On ressort pourtant heureux de ce concert (le programme ne s’y prêtait pas vraiment surtout joué avec autant de pression) car on a découvert un quatuor entier, ne cédant devant aucune concession. Les Petersen n’hésitent pas à s’engager et aller jusqu’au bout de leurs démonstrations : tout habillés de noir, ils ont ravi le public, et, dans un répertoire archi-connu, ont permis d’entendre à chaque fois la modernité de l’œuvre. Peut-on mieux servir la musique ?