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Le véritable événement de cette vilaine adaptation des aventures de Jean-Claude Tergal par Tronchet lui-même, c’est, au détour d’un plan, le coming-out de Richard Berry, qui poursuit là l’auto-analyse de fond entamée avec le suffocant L’Art (délicat) de la séduction, réalisé par ses soins. Le voici de retour en coach de la baise tranquille, mentor du livreur de pizzas Jean-Claude, lequel, peu dégourdi avec la gente féminine, est malgré tout décidé à devenir le « nouveau Jean-Claude ». L’apprentissage proprement dit ne réquisitionne qu’une poignée de scènes, mais elles sont essentielles à la compréhension du drame qui se joue en toile de fond.

Richard Berry-acteur, aujourd’hui, c’est un peu la réincarnation desséchée d’Aldo Maccione : même ringardise affichée qui contraste de manière fulgurante avec sa capacité à séduire à tours de bras. Ici, gérant d’une salle de sport et trafiquant de poupées gonflables, il est l’apôtre d’un donjuanisme dégénéré et crasseux. Misogynie rampante et craignos-attitude lui fournissent son pain quotidien. Bref, c’est le personnage idéal pour distribuer la déferlante de répliques beaufs et rentre-dedans imaginées par Tronchet. Et puis tout à coup, patatras, quelque chose attire l’oreille dans cette bouffonnerie d’un autre âge : Berry se met à nu, tel qu’on n’osait l’imaginer. Sous la carapace du mâle en rut toujours prêt à tirer (sur) tout ce qui bouge se cache un petit être fragile, peine-à-jouir et bon pour la thérapie de groupe. Il révèle à son public incrédule qu’il n’a pas touché une femme depuis belle lurette. Même si l’aveu est pudiquement balayé par le film, il mérite qu’on s’y arrête. Ne vient-on pas, mine de rien, d’enterrer une époque de pathétique franchouillardise, celle de l’âge d’or de la comédie ringarde ambiance pastis et petites pépées, typique des années 80 ? Si, sans doute. Le Nouveau Jean-Claude en serait l’ultime avatar en même temps que le fossoyeur. Et le pauvre Richard, en incarnant le cadavre du personnage de séducteur couillu qui fit les riches heures de notre glorieuse industrie comique nationale, de supporter sur ses frêles épaules la fin d’une époque, la fin d’un mini mythe.

Ce volte-face visant à humaniser le repoussoir que constitue le beauf ruisselant de médiocrité, personnage-clef de la pantalonnade honteuse made in France, laisse des traces. Avec cette petite révolution, Berry, en vampirisant ainsi le film, a littéralement pris le pouvoir sur l’esprit Fluide glacial qui aurait dû irriguer cette pochade au final effroyablement essoufflée. Tronchet n’a plus qu’à filmer les lambeaux de sa création, ce qu’il fait en accumulant vignettes sur vignettes, sans autre but que de les remplir et de combler du vide. On savait déjà que les adaptations de BD françaises au cinéma n’ont jamais donné que d’inavouables croûtes estampillées eighties. Rien d’étonnant, donc, que ce Jean-Claude n’ait de nouveau que le nom.

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