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Bonne nouvelle : les OFNI (objets filmiques non identifiés) existent encore dans nos contrées. Ce qui prouve que le cinéma narratif n’est pas tout à fait réduit à la dictature d’une norme quelconque, et que nos auteurs ont a priori la possibilité de s’aventurer au cœur d’espaces désertés depuis longtemps par la fiction. Ici, la Bretagne du XVIIIe siècle, et, par extension romanesque, une bonne partie de la France de la même époque. Le Monde à l’envers serait donc un film en costumes, vers la bonne vieille tendance de la reconstitution historique ? Pas vraiment. En fait, il s’agirait plutôt d’une sorte de périple étrange, presque hors du temps, centré sur la figure atypique et scandaleuse (dans son contexte) d’une femme travestie en homme. Anne décide en effet de prendre l’identité de Yann, son futur époux (Denis Lavant), lorsque, le jour de leur mariage, celui-ci disparaît. Elle s’embarque alors sur La Mélusine, navire à l’équipage hostile, composé notamment d’un capitaine difforme (Jean-Claude Grenier), d’un recruteur homo et d’un marin arabe (Roschdy Zem) qu’Anne désire secrètement. Mais la jeune fille ignore que, depuis sa fuite, Yann parcourt le pays à sa recherche…

L’originalité n’est malheureusement pas toujours un gage de qualité : Le Monde à l’envers s’avérant particulièrement raté. Jamais crédible, filmé en dépit du bon sens, parsemé d’effets aussi laids que poussifs (monstrueuses séquences de fantasmes en animation, filés à gerber), le film de Rolando Colla est d’un ridicule achevé. Il faut voir Denis Lavant en berger demeuré traversant moult paysages en courant avant d’atterrir, ô miracle, à Marseille, où le navire de sa bien-aimée a fait escale. Ou encore le pauvre Jean-Claude Grenier (décédé depuis, car atteint par la même maladie que Michel Petrucciani) jouer au baroudeur vicieux et avouant sa flamme à Laurence Côte. Cette dernière s’en sort d’ailleurs avec les honneurs, animée d’une conviction apparemment inébranlable en son personnage. On ne peut pas en dire autant des spectateurs, qui ont renoncé depuis le début à la suivre dans ce pénible voyage…

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