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sur 5

Réalisateur d’une quinzaine de films tournés à Hongkong (dont Hongkong 1941 et Shanghai 1920), Po-Chih Long est revenu en Angleterre où il avait fait ses études de cinéma et ses débuts comme monteur à la BBC pour réaliser La Sagesse des crocodiles. Brinquebalé de festival en festival, ce thriller horrifique très arty parvient sur les écrans français deux ans après sa réalisation, probablement en raison de la présence au générique de Jude Law, qui a bénéficié depuis d’une popularité croissante.
Il incarne ici Steven Grlscz, un ténébreux séducteur ambidextre qui, en raison de quelque obscure maladie, doit se nourrir du sang de femmes éprises de lui pour survivre. Un vampire moderne et urbain, victime de son organisme défaillant dont la quête le voue à l’insatisfaction et à la solitude. D’où le titre du film, emprunté à une citation de Francis Bacon qui nous apprend que le crocodile verse des larmes en dévorant sa proie. Plus que les effets gore, ce sont, en conséquence, les funèbres palpitations amoureuses de son personnage qui intéressent Po-Chih Leong. Grâce aux comédiens, le trouble érotique escompté se matérialise bel et bien. On en vient à regretter d’autant plus rapidement les afféteries de la mise en scène qui se complaît dans une esthétique glacée et poseuse évoquant l’imagerie désincarnée de magazines de luxe. A force de prétentions visuelles et de notations philosophiques inutiles, le récit s’égare dans des méandres opaques et abstraits : s’il gagne en distanciation, il perd en simplicité, se révélant n’être guère plus qu’un exercice de style raffiné mais creux. Uniques rescapés de l’entreprise, les comédiens. Jude Law, parfait de suavité contenue, inquiétant à souhait, confirme qu’il est le plus intéressant comédien britannique de sa génération et apporte relief et densité à son personnage. A ses côtés, Elina Löwensohn, l’égérie de Hal Hartley, offre le captivant spectacle d’une beauté pure et vibrante. Leur couple constitue le plus solide argument de La Sagesse des crocodiles et la seule raison de s’y risquer.

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