PARTAGER
1
sur 5

Pas facile de vivre en Acadie ! Paysages brumeux, hivers rigoureux, et choix de partenaires plutôt limité. C’est d’ailleurs le souci majeur de Steph (David La Haye, dont l’absence de charisme pose problème), notre héros, qui, du coup, se tape tout ce qu’il y a de baisable dans les environs. A commencer par Rose (Louise Portal), tenancière de bar pas franchement fraîche, mais qui en connaît long sur la question des sentiments. Il y a aussi Marie-Lou (Marie-Jo Thério), mère d’une petite fille et ex-femme de Piston, le meilleur pote de Steph. Cela serait déjà très compliqué si, en plus, Steph ne se faisait pas enculer de temps à autre par Charles (Patrice Godin), un ami baroudeur et mélancolique… Mais a-t-on précisé que Steph était un ouvrier au chômage et qu’il jouait dans un groupe ringard en attendant de trouver un sens à son existence ?

Vous l’aurez compris, on n’est pas là pour se marrer, Full blast ayant même tendance à se la jouer morbido-dépressif alors qu’il aurait pu cultiver une certaine légèreté de ton, à l’instar de La Confusion des genres, comédie fondée elle aussi sur la thématique de l’incertitude sexuelle. Ainsi, Rodrigue Jean préfère indéniablement se complaire dans son petit univers sombre et sclérosé qu’arpenter les territoires moins évidents du marivaudage contemporain. Un choix qu’on ne saurait contester si le cinéaste faisait preuve d’un minimum d’originalité et de savoir-faire dans sa mise en scène et le déroulement de son récit. Que nenni. Montage pénible et saccadé pour traduire la vitesse (une course de karts sur la plage), succession plate de scènes de cul (assez honnêtes toutefois), déambulation d’un Steph esseulé sur la route et sous la pluie en guise d’épilogue tristounet : ce bout de chemin en compagnie des paumés canadiens ne propose guère de cinéma, et pas plus d’humanité. Les mélomanes pourront malgré tout être émus par le tour de chant de Marie-Lou, qui nous gratifie d’un solide hymne au voyage tendance Axelle Red du Québec. Certains romantiques fatigués trouveront davantage leur compte à l’écoute de ces trois minutes intenses qu’en une heure trente de film…