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sur 5

Dans Assassinat en février, ce qui importe le plus n’est pas tant le sujet -en gros, le terrorisme effrayant de l’ETA- mais plutôt la façon dont le metteur en scène aborde la matière documentaire. Avec ce film, en effet, on va reparler de la sempiternelle polémique entre fiction et réel qui agite, depuis Lumière et Méliès, le paysage cinématographique universel (à l’exception, peut-être, des Etats-Unis qui ont très vite « mythifié » le 7e art). Eterio Ortega Santillana a donc opté pour un parti pris étonnamment stylisé, aussi bien dans la manière de conduire le récit que dans la mise en scène et le montage. Le film entremêle ainsi avec une certaine aisance plusieurs témoignages : un policier basque, membre de la police autonome, dépeint chirurgicalement le mode d’action des etarras, tandis que deux familles de victimes d’un attentat perpétré par l’ETA nous parlent de ces martyrs -Vitoria Fernando Buesa, porte-parole du PSOE (parti socialiste espagnol) au Parlement basque, et son garde du corps, Jorge Diez Elorza- et de la solitude, du deuil, de la douleur…

Au début, le montage alterné installe une distance assez étrange : les mots du policier, scientifiques et vides de tout sentimentalisme, viennent se heurter à la douleur digne des proches. Et puis, petit à petit, les entrelacs se créent ; passant d’un point de vue à l’autre, Eterio Ortega Santillana compose une espèce de symphonie tragique dans laquelle l’individu ne vaut pas tripette face à la terrifiante mécanique terroriste. Malheureusement, au lieu de s’en tenir à ce dispositif rigoureux et ambitieux à la fois, Santillana étouffe son film à coups d’effets de mise en scène faciles et répétitifs, se laissant par exemple aller à des plans contemplatifs (les champs de blé, le ciel, les brins d’herbe, une montre en gros plan pour le temps qui passe, etc.) lourds de sens. On dirait que le réalisateur ibérique, effrayé par l’épure, a tout fait pour annihiler la dimension documentaire d’Assassinat en février, gâchant de ce fait les audaces narratives. Dommage, car à vouloir tant jouer au metteur en scène, il nous a confortablement éloignés de ses personnages, et de leur tragédie.

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