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2
sur 5

Beaucoup de bruit pour rien : voilà une devise qui pourrait s’appliquer à la plupart des films de Catherine Breillat. A chaque fois, l’annonce d’un programme subversif et profond qui aboutit au néant (ou presque). Le sujet d’A ma soeur ! était pourtant suffisamment fort pour susciter notre curiosité. Deux sœurs : Elena (Roxane Mesquida), 16 ans, jolie et gracile ; Anaïs (Anaïs Reboux), 12 ans, à la limite de l’obésité. C’est l’été, et l’aînée se laisse séduire par Fernando (Libero De Rienzo), un bel Italien qui ne cherche qu’à la dépuceler. Première expérience sexuelle. L’une se fait prendre et souffre (chez Breillat, le plaisir féminin n’existe pas) tandis que l’autre observe, expérimentant elle aussi, mais par procuration.

Le problème, c’est que Breillat demeure constamment à la surface de ce rapport complexe entre celle qui regarde et celle qui est regardée. Pendant plus d’une heure, l’auteur de Romance sature son univers de poncifs et de gestes cruels sans jamais pénétrer les abysses tourmentés de ses adolescentes. Certes, il est encore question ici de l’incompatibilité des corps, de cette insoutenable distance qui sépare l’homme et la femme au coeur même de l’acte sexuel. Question de point de vue, bien sûr. Question de mise en scène également, car la vision de la réalisatrice s’avère désespérément stérile, dans l’incapacité d’insuffler le moindre trouble à ses images. Filmant ses personnages comme une entomologiste un brin sadique, Breillat va au bout de la crudité et de l’impudeur (un bon point) mais en reste là, dans l’attente d’on ne sait quelle magie qui viendrait transcender la platitude de son propos. Elena est naïve, Anaïs s’empiffre, l’Italien est macho et cupide, et les parents ne comprennent rien à tout ça. Un ensemble de clichés laissés en l’état par la cinéaste, tellement idiots qu’ils finissent par sonner faux jusque dans leurs prolongements pseudo-décalés (la comptine morbide d’Anaïs, les dialogues trop écrits entre les deux soeurs).

Lorsque soudain, dix minutes avant d’achever son récit, Catherine Breillat se (et nous) réveille. Une séquence terriblement violente dont on ne dévoilera pas la teneur mais qui, enfin, ressemble à du cinéma, ou du moins au cinéma qu’on attendait : radical, surprenant, extrême et ambigu. Fulgurance tardive qui nous permet toutefois d’espérer encore un minimum d’agitation fiévreuse pour les oeuvres à venir.