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Quand Xavier Granet est en voyage, que ce soit en Amérique du Sud, en Indonésie ou en Australie, sa passion, c’est d’arpenter les plages ou les rues des villages à la recherche de ce que les tribus ne veulent plus ou de ce que l’océan a rejeté : bouts de verre, de racines, de bois rongé par le sel, vieux tissus. C’est à partir de cette récupération que naissent ses statuettes. Attention, leur fabrication, garantie in situ, obéit à des règles très strictes : les rebuts de l’industrialisation sont proscrits.
Xavier Granet, photographe de mode, définit son travail comme une recherche de l’instantané en sculpture. Ses personnages-statuettes semblent poser dans un mouvement exceptionnel de leur part, comme se prêtant au jeu de la monstration, avec crainte et pudeur. Sculpteur d’âme ou voleur d’âme, pourquoi pas ? Cette qualification sans doute pompeuse n’est pas complètement erronée. Ces statuettes, présentées dans une mise en scène d’une extrême sobriété, heurtent d’autant plus qu’elles incarnent une dimension humaine totalement refoulée. Figures hiératiques, sorciers ou pénates, ce qu’elles disent trouve un écho dans la nuit des temps et sonne comme une sentence magique. Il y a du chamanisme chez lui. Ces figurines nous rappellent un rapport à la nature que nous ne connaissons plus. Chamanes tenant une lance, guerriers de l’âme, couple, homme et femme, vêtus de coquillages, elles font penser à ces statuettes sacrificielles -encore en vigueur dans des sociétés dites primitives- que l’on jette aux flammes pour exorciser un mal.
Le mal à exorciser se trouve sans aucun doute dans une société surproductrice où les déchets surabondent. Mais les vrais déchets, ceux qui font honneur à l’homme en témoignant de sa parfaite intégration dans son univers naturel, ces bouts de rien qu’utilise Xavier Granet, sont riches d’une harmonie à peine subodorée et manquée. C’est sans doute à cela que tient leur succès. Parce que chacune d’elles reflète l’essentiel humain en exprimant un rapport idéal de l’homme à son habitat.
Cette exposition, hélas trop courte, trouve son prolongement dans la coutumière dégustation de vin du « Baron Rouge ». Les œuvres de Xavier Granet ont déjà fait l’objet de plusieurs expositions, dont l’une à la Combo Gallery de Sydney.