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L’art ne peut pas toujours se passer du texte. L’art n’est pas toujours objet de contemplation. Et n’allez pas croire que c’est là une fâcheuse tendance de la création du XXe siècle. Arrivez-vous tous à les déchiffrer ces chapiteaux romans empreints de christianisme, ces toiles bourrées de références à la mythologie ? Evidemment, il nous reste la Bible, Les Métamorphoses d’Ovide ou, pour les accros, Les Essais d’iconologied’Erwin Panofsky. Il semblerait tout à coup que l’art contemporain se sente moins seul dans la catégorique « création élitiste » où il se trouve si souvent relégué. Troquant Bible, Métamorphoses et autres pour des préoccupations plus sociologiques ou psychanalytiques, les artistes actuels ne font que vivre dans le même siècle que nous.

Ces quelques précautions étant prises, n’hésitons pas à conseiller vivement de s’armer des quatre photocopies mises à disposition à l’entrée de l’exposition car les œuvres présentées ne prennent totalement sens qu’accompagnées par l’écrit. Ca ne constitue pas une faiblesse, car le plaisir, que l’on éprouve à ressentir toutes ces significations se déployant peu à peu au fil des découvertes de chaque œuvre, se rapproche fort d’un état d’extase contemplative !

Cette exposition, donc, que dit-elle ? A l’origine du projet : l’année 2000 et ses bilans. A son initiative, un musée et deux artistes : Christian Boltanski et Bertrand Lavier. On ne pouvait rêver mieux pour un tel thème. Voilà est un constat, un retour en arrière qui donne à voir aux personnes du présent. Alors, les œuvres accumulent, archivent, décomptent, énumèrent ; chacune entraîne avec elle un univers entier. Certains artistes archivent leur propre vie. Ainsi du mégalo Andy Warhol qui a classé ses souvenirs divers et variés par capsules répertoriées chronologiquement, ou de Jean-Michel Othoniel qui a mis dans son captivant CD-Rom A Shadow in your window autant de sensations et de souvenirs qu’il voulait faire partager. D’autres artistes font œuvre de mémoire collective. Etonnant travail de Hans-Peter Feldmann, 100 years, qui a photographié cent personnes d’âge différent, de huit semaines à cent ans. Les yeux rivés sur ces visages, le vertige nous prend de tant d’histoires personnelles que ne dévoilent pourtant pas les seuls prénom et âge qui nous sont donnés.

Voilà s’entend dans sa globalité. L’éclairage sur certaines œuvres semble donc un peu hors de propos face à cette exposition conçue comme un dédale d’installations, chacune représentant une expérience personnelle pour le public. Certaines pièces se complètent d’un texte à emporter, le visiteur, en sortant, aura lui aussi accumulé de la documentation, à archiver, bien sûr.