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Que pouvaient bien faire une olive géante, Johnny et 60 000 personnes, un samedi soir au Parc des Princes ? Un apéro géant ? Non non : la première faisait partie du décor, le second aussi mais version loge people, les autres zieutaient le nouveau délire mégalo-scénique des quatre Irlandais rescapés des eighties, mais bien au fait des exigences musicales des nineties. C’est qu’ils en avaient entendu parler de ce Pop Mart Tour, depuis son lancement en avril dernier. Et pas qu’en bien, loin de là : stades à moitié vides aux USA, nouvelles chansons bof-bof sur scènes. Bref de quoi vous refroidir au moment de débourser près de 300 balles pour aller dans un stade, sans même être sûr d’y voir un footballeur ! Et ce n’est pas le début du set qui allait pouvoir lever leurs inquiétudes : déboulant sous l’avalanche de sons technoïdes de MOFO, la voix de Bono semble loin, perdue on ne sait où et l’enchaînement brouillon avec I will follow et Even better laisse perplexe. Une entrée en matière quelque peu ratée donc qui n’empêche pourtant pas le parc de faire un triomphe à ses héros, visiblement ravis de se retrouver à la fête dans une telle ambiance. Et puis le show prend ses marques. Les voix retrouvent leur place dans la superbe texture générale du son, et U2 de dérouler ses classiques avec une conviction surprenante. Sommet du délire, un New year’s day musclé repris en coeur par un stade ivre de joie, suivi d’un Pride tout aussi convainquant.

Alors pourquoi enrayer une si belle mécanique ? Pourquoi casser l’ambiance avec un If you wear… des plus ennuyeux et surtout avec une version karaoké de Suspicious Mind, piquée à Elvis, chantée par un The Edge paumé et bien seul à reprendre les paroles qui défilent sur l’écran géant ? Pourquoi se priver de titres comme Lemon, ou Daddy’s gonna pay ? Peut-être à cause du paradoxe qui veut que le public qui vient voir U2 en 1997, a surtout envi d’entendre des chansons écrites dans les années 80. Ca doit toujours faire plaisir quand on s’est cassé le cul à pondre un nouvel album bien moderne et tout avec des morceaux de techno dedans ! A vous dégoutter à jamais d’essayer de coller à l’époque ! Ah j’vous jure l’ingratitude des foules. Mais bon. U2 and co semblent avoir remisé ailleurs ces sombres pensées pour nous exécuter un Miami surpuissant encadré métronimiquement par un couple bass-batterie époustouflant. On ne coupe pas bien sûr au petit couplet unplugged (Staring at the sun, que nos oreilles saturées par la FM redécouvrent agréablement ) ni à l’inévitable hommage à Diana avec un MLK plein de retenu, sur fond d’images princières montées façon Warhol. Mais après plus de deux heures de grand spectacle, pendant lesquelles on a vu un Bono tantôt castriste exilé, tantôt 2 be 3 a lui tout seul (Discotheque), on quitte le stade ravi, en se disant qu’on aimerait bien revoir les U2 dans une salle plus humaine mais en réalisant aussi que l’on venait d’assister, malgré les ratés, à un très bon show.