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Située au coeur des bas-fonds londoniens, la Whitechapel Gallery a su malgré tout se faire connaître. L’un des lieux les plus intéressants de l’art moderne et contemporain fête aujourd’hui son centenaire : cent ans d’amour avec les plus grands artistes internationaux du siècle et la volonté farouche de fait vivre l’histoire de l’art.
Fondée en 1901 par Canon Samuel et Henrietta Barnett, la Whitechapel a toujours su être à l’écoute des artistes contemporains. En 1956, elle organise la toute première exposition Pop Art : 12 architectes, peintres, sculpteurs, avec parmi eux Richard Hamilton et son célèbre collage This is tommorow, donnent vie au mouvement. Ce lieu unique d’exposition a d’ailleurs lancé la carrière de bon nombre d’artistes du XXe siècle qui, à l’instar des anglais Anthony Caro ou David Hockney, venaient inaugurer leur première exposition personnelle.
L’Est londonien abrite à présent un quartier vivant, rempli d’ateliers aux prix dérisoires et de galeries d’art qui s’y bousculent depuis le début des années 90. Une véritable communauté, dont la Whitechapel s’est toujours fait le défenseur, gravite non loin du bâtiment en brique au style Art Nouveau tranchant radicalement avec l’architecture environnante. Ce melting pot confère à la Whitechapel un important statut, tant au niveau local qu’international.

The Whitechapel centenary exhibition ne propose pas moins de 10 0000 oeuvres réalisées au XXe siècle et exposées en ses murs. La directrice des lieux, Catherine Lampert, a tenu à ce que la scénographie soit la plus expressive, la plus éclectique possible : pas de rétrospective donc mais un choix artistique qui s’impose véritablement entre le ressenti et la maturité des formes et des couleurs. La salle du rez-de-chaussée, spacieuse et claire, regroupe toute sorte de courants artistiques, de la figuration de Frida Kahlo au minimalisme de Rothko -qui fut par ailleurs l’un des premiers artistes à émerger après-guerre, peu avant Phillip Guston, Donald Judd ou encore Pollock qui exposera plus tard à la Whitechapel.
Tandis qu’une installation accompagne les visiteurs dans l’escalier menant au premier étage, on découvre pêle-mêle des oeuvres tout aussi contemporaines. C’est un peu ce qui fait le charme de la Whitechapel : le regard se porte d’abord sur Tony Cragg et la seconde d’après, il s’émerveille devant la sculpture d’une figure chinoise en bois du XIIe siècle, représentant le dieu Guanyin. Suivent tout au long du parcours Richard Deacon, Eva Hesse, Cindy Sherman, Raushenberg, Lucio Fontana ou Andy Warhol. L’intérêt de l’exposition tient tout de même au fait que les oeuvres présentées ne sont pas nécessairement les plus connues, leur diversité et leur exception participant d’ailleurs au succès de la manifestation.

La Whitechapel se veut avant tout un lieu d’échanges, à l’image de Londres qui constitue à elle seule un choc culturel impressionnant parce que subtil. De fait, de nombreuses initiatives sont prises à l’attention des jeunes pour lesquels un programme scolaire a été mis en place dans le quartier. Pour certains, c’est la première fois qu’ils s’intéressent à une galerie d’art. Elle propose des débats, des événements, ainsi que de nombreuses performances artistiques. L’activité de la Whitechapel est extrêmement riche et influente. C’est l’une des rares « institutions » qui, à l’inverse de ses consoeurs, a non seulement un passé historique qui assoit sa crédibilité, mais aussi une politique donnant à l’art contemporain une adresse et un avenir.