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4
sur 5

Total hype Damian Loeb ! Son portrait avantageux s’étale dans les magazines people, ses relations avec sa petite amie journaliste pour Vogue sont décortiquées, David Bowie et Alexander McQueen viennent à ses vernissages et son meilleur ami est Moby. Tous les éléments sont réunis pour en faire LE nouvel artiste de la génération X. Né dans le Connecticut, autodidacte, ancien gardien dans un musée, Loeb est adoré par les uns -toutes ses oeuvres ont été vendues avant même l’ouverture de l’exposition- et décrié par les autres, soit, principalement, les critiques. Art in America a déclaré Public Domains « sans âme » et le New York Times de surenchérir : « parfois, certaines expositions sont si mauvaises qu’elles en deviennent intéressantes : celle-ci n’en fait pas partie ». Tant de haine et de contradictions titilleraient les curiosités les plus passives…

Cette nouvelle exposition de Loeb présente six oeuvres inspirées de scènes de films, peintures de très grand format semblables à un écran géant d’un type nouveau que l’on pourrait prendre a priori pour des photographies aux couleurs bien léchées. Mais c’est de manipulations mêlant réalité et fiction qu’il s’agit, traitées de façon tantôt très glamour, tantôt très inquiétante. Do I (dig that girl) montre deux jeunes filles en train de s’amuser au bord d’une piscine, scène inspirée de Boogie nights, mais, au premier plan, l’eau n’est qu’une succession de vagues houleuses, prêtes à les engloutir. De même, Exit (you accept your faith) n’est, de prime abord, qu’une banale scène d’avion, dossiers bleus, hublots et veilleuses, mais insidieusement, le sigle « exit » provoque un brusque accès de claustrophobie. Quant au mouton mort de Wyoming 44-838 (I feel fine), il s’inspire du film de Spielberg, Rencontre du troisième type. Loeb dit de son exposition qu’elle a pour but de montrer combien « les films sont mieux que la vie » et ça n’est probablement pas sans rapport avec ses déboires judiciaires : lors de sa précédente exposition, inspirée de photographies journalistiques, une des photographes lui a intenté un procès pour utilisation frauduleuse et décontextualisée. En dépit de ça, Loeb conserve sa façon bien particulière de se réapproprier les images cinématographiques. En les transformant selon les codes de son propre univers à la fois précis et minutieux dont aucun détail n’est laissé au hasard. Du brumeux, du flou. Définitivement dépressif et envoûtant.

Les critiques peuvent gloser sur cette « victime » de la société du spectacle, sur son côté trop superficiel, ses peintures restent dérangeantes car au-delà de l’inspiration cinématographique il s’agit là de fragments de vie, ceux qui précèdent les catastrophes. Et les blondes voluptueuses, les hommes qui s’enfuient dans la nuit, les silhouettes des passagers qui parcourent les oeuvres, ne sont rien d’autres que des gens ordinaires qui vont vers leur tragique destin.