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Le Polaroïd a ceci de magique que, miroir mécanique, on peut y observer son image se révéler. Pour le moderne narcisse (photographe ou sujet), la jouissance est dans la pulsion scopique, dans la vérification immédiate de son existence. Mais le passage du temps émousse le souvenir de l’instant de l’apparition. Les Polaroïds finissent alors dans une boîte ou oubliés dans un coin de tiroir. Mais quand les sujets font partie de la hype ? Quand la scène montrée a accédé à l’histoire, au « culte » ? Là, les Polaroïds peuvent revivre : tous ceux qui n’étaient pas là se précipiteront pour leur arracher une parcelle de vérité. L’instantanéité du procédé Polaroïd fortifie notre croyance naïve dans la vérité ontologique de l’image photographique. Dans son grain diffus, dans son battement propre, nous chercherons des preuves, des traces de cette scène dont nous avons été exclus. Par l’image se fera l’appropriation. C’est exactement ce que nous propose Maripol avec ses photos de la scène artistique du New York des années 80. La productrice du film Downtown 81 a été au coeur de ce bouillonnement (elle est notamment à l’origine du look de Madonna période Like a virgin).

On ne peut que se réjouir de voir apparaître de telles archives. Pourtant les images déçoivent. L’accrochage y est sans doute pour beaucoup : des centaines de Polaroïds sont montés bord à bord formant un tableau d’environ 2 x 3 m. Voilà qui ne favorise pas la lisibilité. Pour la plupart, il s’agit de portraits en intérieur : boîtes de nuit (Danceteria notamment) ou appartements. Hélas, rien de significatif ne se révèle ni sur le cadre, ni sur la scène en cours. Quelques rares images offrent une échappée vers l’extérieur, la plage ou la campagne. L’ensemble souffre aussi de l’absence d’editing. Sans doute aurait-il été possible d’extraire cinquante très belles images qui, là, sont noyées dans la masse : cinq oursins sur une planche, un enfant et sa mère, Klaus Nomi, une mini-série où une femme se fait tatouer les fesses, etc.

Devant ces images déjà fanées (le moment important est passé, nous l’avons manqué et il ne reviendra pas), on se laisse alors allé au name-dropping : Warhol, Sade, Madonna, Pascal Gregory, Grace Jones, Keith Haring, Jean-Paul Gaultier… Et ce n’est pas une activité désagréable.