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Pourquoi le Pop Art évoque-t-il forcément la fantaisie ? Ses créateurs et leurs créations parlent pourtant de société ; de celle des années 60. Là est certainement la clef : l’équation Pop Art = sixties est vite établie, avec ce que ça signifie de couleurs flashies, de plastique tout en rondeur et de poufs moelleux recouverts de moumoute synthétique. Mais le Pop Art a quand même des visées autres que celles de nos Yé-Yé. Pierre Restany, théoricien du Nouveau Réalisme, pendant français du Pop, écrivait en effet dans son 1er Manifeste en date du 16 avril 1960 : « C’est la réalité sociologique tout entière, le bien commun de l’activité de tous les hommes, la grande république de nos échanges sociaux, de notre commerce en société, qui est assigné à comparaître. Sa vocation artistique ne devrait faire aucun doute […] » On se situe alors dans une approche de l’art non plus esthétique mais bien sociologique. Voyez un peu le bouleversement… C’est donc bien l’urbain, la société, le quotidien qui deviennent matière première. Quelle belle leçon lorsque Raymond Hains, grand « récolteur » d’affiches, en a justement récupéré une dont il ne reste presque rien, juste quelques touches colorées, collées sur une surface métallique qu’il nomme Les Nymphéas en référence, bien sûr, à Monet. La transition est faite : l’art et ses questionnements sont à portée de mains, dans la rue, sur les murs et partout autour de nous. Reste à ouvrir les yeux.

Cette exposition immense et pluridisciplinaire comme Beaubourg aime et sait les faire n’offre pas seulement un panorama de la création artistique de ces années Pop. Elle devient également une approche sociologique de la période. Quoi de plus normal pour une telle manifestation ; le Pop Art est une sorte de « Je t’aime moi non plus » de la société de consommation -pub, design, mode, architecture. Le parcours sinueux et labyrinthique nous mène donc dans une visite de tous ces domaines et l’on découvre, sur fond sonore des Beatles, des Rolling Stones ou des irremplaçables Beach Boys, des étalages de boîtes Tupperware, de seaux à glaçons en forme de fruit et autres délices de plastique. Sur la vague de plexiglas qui sépare les visiteurs des objets, s’inscrivent ces phrases d’Andrea Branzi et d’Adolfo Natalini : « Nous inventons des prototypes, nous organisons la production, la consommation et l’incitation à la consommation. Nous nous construisons un consommateur. » Derrière ces mots, derrière ces objets, les grandes baies vitrées de Beaubourg s’ouvrent sur Paris et ses habitants consommateurs. Andrea Branzi et Adolfo Natalini ont visiblement construit pour durer…

Pour le vernissage de presse, nous avions droit à une grande distribution de sucettes Chupa Chups ; de quoi donner un air pop à tous les visiteurs… L’opération s’étendra-t-elle durant toute l’exposition ? La marque de sucettes ne semble pas partenaire à moins qu’elle n’ait été rachetée par Yves Saint Laurent Rive Gauche et Gucci Group, associés aux Années Pop. Réellement, on nage en pleine société de consommation !