PARTAGER
0
sur 5

Le pavillon du Musée Fabre à Montpellier accueille l’exposition Gaston Chaissac. Peu connu du grand public, ce peintre de la première moitié du 20e siècle (1910-1964) a souffert de l’amalgame qu’on a pu faire entre son travail et l’Art brut. En effet, Dubuffet, qui fonde la Compagnie de l’Art brut avec six autres membres, recherche des productions de personnes en marge de l’activité artistique. Il voit en Gaston Chaissac un représentant talentueux de ce « mouvement » : les réalisations de l’artiste n’ont rien d’académique et sont portées par le hasard des rencontres avec les matériaux. Chaissac expérimente sans cesse ; il récupère vieux objets, pierres, bois, tôle, et s’inspire de leur forme pour donner vie à des personnages morcelés en plages colorées délimitées de noir et au visage d’une naïveté toute enfantine. Pourtant, si Chaissac garde une certaine spontanéité dans son œuvre, il n’est pas autodidacte ; il a reçu l’enseignement de Freundlich et de Kosnick-Kloss. De plus, il ne simplifie pas et ne déforme pas ses personnages par méconnaissance du dessin, mais par choix : faire ce qu’il nomme la « peinture rustique moderne ».
Dubuffet se rendra vite compte de sa méprise. L’abondant courrier que lui envoie Chaissac révèle un artiste réfléchi, non un créateur impulsif. Chaissac écrit à beaucoup de monde. Ses lettres montrent à la fois l’amertume de l’homme malade et dépressif, son humour et son plaisir évident à jouer avec les mots. Cependant, le côté sombre de l’artiste transparaît peu dans son œuvre, l’ensemble déborde d’inventivité et de gaieté. Quant à ses dessins abstraits à la plume, Chaissac y effectue un travail de « remplissage » très décoratif, très travaillé. A ces dessins s’ajoutent parfois des phrases qui participent à la composition, épousant les formes ou les contrariant.
Il y a beaucoup de générosité dans le travail de Chaissac. On est touché par son insatiable besoin d’expérimenter. Et puis, sans réduire cette exposition à une activité du mercredi, notons que l’œuvre colorée, peuplée de bonshommes rassurants, plaît aussi aux enfants et qu’il n’est jamais trop tôt pour s’émouvoir devant le travail d’un peintre.