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Une heure trente sous la pluie, un service d’ordre qui se tue à faire ranger le public par six, dix mille spectateurs pour un site de vingt cinq mille places. Un amphithéâtre naturel bétonné de partout et un Zénith à l’architecture fort éloignée de la beauté et de l’originalité si caractéristiques de Nancy. Le festival Arena, premier du nom et du lieu (il est probable qu’un festival identique aura lieu dans d’autres villes de France en octobre prochain), exige une discipline et un ordre peu communs dans le domaine du rock. La pluie a sans doute refroidi les esprits réfractaires à ce genre d’ambiance (l’uniforme rock jean-t-shirt-vêtement de pluie était de rigueur). La jeunesse est de plus en plus sage et les looks sortant de l’ordinaire sont rares. Même la musique techno qui fait patienter le public est des plus insipides. Paradoxalement, plus le public arrive sur le site, plus il fait froid. Quelques sosies de Shirley Manson, comme il y a quelques années de Bjork, ne font même pas le spectacle. A noter tout de même, une paire de collants du plus bel effet, digne d’un papier peint anté-Vénilia.

Puisqu’on parle de spectacle, allons-y. Après deux heures d’attente et alors que Money Mark entre en scène, la pluie semble ralentir son flot d’acides gouttelettes. Mais de gros problèmes de son réduisent à néant les efforts du Beastie pour mettre en place ses boîtes à rythmes et ses bandes avec les instruments. Trop peu de répétitions aussi sans doute, puisque dès que les anciens morceaux sont joués (en power trio et sur de vrais instruments), tout se remet en branle, et là, ça devient bien même s’il est difficile de réchauffer une atmosphère aussi froide.

Avec Sonic Youth, la pluie cesse et le soleil revient. Des années d’expérience les ont rendu maîtres de leurs incantations divinatoires. Tous les quatre arrivent le sourire au lèvres, peut-être en pensant au décrassage d’oreilles qu’ils vont infliger au public qui ne les connait pas. Les déhanchements coïtaux et les allers et venues masturbatoires de Kim Gordon au slide ne laissent personne indifférent. Mes voisins, sans doute perturbés par la puissance sonique, n’ont pas saisi que ce n’était pas les graines qu’il fallait fumer ! Après presque une heure, le ciel bleu est revenu, c’est dire si le sonic sound chasse les nuages. Arrive un final en apothéose où archet, transistor, cymbales, clochettes tibétaines, et Kim surtout, dominant sa basse, jambes écartées, sa jupe blanche relevée sous débardeur rouge moulant, fait rugir de plaisir son instrument (et on le comprend) et le public sidéré par tant de sensualité, quand elle sussure « I love you » accroupie devant son micro.

Le tour de Garbage est venu et c’est avec un charme époustouflant que Shirley Manson prononce quelques mots de français. Jupe de cuir noir, débardeur gris, cheveux tirés en arrière, jouant de sa féminité, haranguant les mâles, Shirley se révèle une vraie lionne, mettant le moindre petit pubère en rut. Et malgré le nombre incroyable de sons, la principale qualité du groupe de Madison sur scène est la précision. Avant tout, chaque instrument est équilibré. Les mélodies n’en ressortent que mieux et leur beauté avec. Un excellent bassiste marque à point les temps de Stupid girl à la manière de Joy Division. Butch Vig a un jeu de charley incroyable de virtuosité. Shirley saute, virevolte dans tous les sens à l’instar d’une Bjork en grande forme. Il n’y a pas à dire, elle sait jouer de ses charmes. A nouveaux quelques mots vers le public français lui font dire que « c’est le meilleur du monde » et c’est reparti ! Ca sera difficile pour les Beastie Boys de faire mieux d’autant qu’après Garbage, ce n’est plus la pluie mais la bière qui coule à flot !

Alors que le soleil se couche, la nuit promet d’être ultra orange avec l’arrivée des lourdes rythmiques des Beastie Boys. A leur habitude, ayant définitivement piqué l’habit de scène de Pete Townshend qu’ils ont teinté en orange, les trois New yorkais font sauter le public à l’unisson, sautant eux-mêmes comme des puces, traversant la scène ventre à terre et s’alpaguant, se montrant du doigt, se donnant le départ, ils jouent les MCs de luxe sur les bandes qui ont fait leur renommée. Avec sifflets, jeux électroniques, boîtes à rythmes démultipliées, ils obtiennent très rapidement les faveurs de la petite dizaine de mille qui ne demande qu’à se réchauffer. Arrivent alors contrebasse, guitares, claviers sixties, percus et batterie qui renvoient le public aux langoureux rythmes de l’été sur lesquels les couples vite se (re)forment, toutefois rapidement séparés par les riffs hardcore de leurs débuts. Pourtant trop de temps morts, de ruptures, de discussions de mise au point font regretter la qualité de leurs prédécesseurs. En effet, alors que Garbage se révèle encore meilleur sur scène que sur disque, c’est loin d’être le cas pour les Beastie Boys. Dommage…

A 23 H 30 pétantes arrive la star du jour. Ben Harper sur scène, c’est un délice, nous le savions déjà. Mais là, il fut bien supérieur aux concerts précédents auxquels nous avions eu la chance d’assister. Commençant son concert avec Get up, stand up en citation dans une de ses chansons et offrant en avant-dernier rappel Voodoo child mélangé à Kashmir, le Californien nous a permis d’entendre les plus beaux soli dont il est capable avec sa weissenborn. Entre ces deux moments forts, le concert fut flamboyant car Ben Harper se joua des styles (hip hop, reggae, folk, blues, psyché,…) et use de ses instruments comme un chat joue avec une souris. Nous en avons la confirmation maintenant, Ben Harper est sans aucun doute le plus génial musicien de rock en concert et ses Innocent Criminals les meilleurs incendiaires de public qui soient.

Seulement cinq minutes plus tard, c’était au tour des Daft Punk de débuter leur DJ set avec le célèbre Rock it d’Herbie Hancock (encore que les plus jeunes ne connaissaient pas le morceau où pensaient que c’était des Français). Un Rock it d’ailleurs vite transformé par leur manière inimitable de tordre le son et de rajouter des beats incroyables dessus.

Après presque deux heures de mix qui passèrent comme une lettre à la poste pour le reste du public (quelques dizaines de personnes seulement avaient tenu le coup), le signal de la fin de journée retentit et toujours pas de pluie !