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On ne savait qu’une chose, c’est qu’on y allait ; on ne souhaitait qu’une chose, voir le Mac au milieu de ses troupes à moitié rajeunies. Peu importait la qualité de la prestation ou qu’on en ait « pour son argent » en terme de durée. Les Super Furry Animals étaient déjà en train d’ânonner à la plus grande indifférence de la majorité des présents, mais à la grande irritation de certains, dont votre serviteur.
En effet, leur rock mou, aux vitamines passées de date, assez « Canada dry » en fait -vous savez, ça la a couleur et le goût du machin ,mais ça n’en est pas-, est plutôt navrant. Il était encore temps d’avaler quelques bières en vitesse. Bah oui, on n’aurait pas idée de se présenter devant McCulloch à jeun, lui qui a l’habitude de débuter ses sets dans un état d’ébriété déjà assez avancé.

On remarquait tout de même, en levant le nez de son gobelet, que le concert n’était pas tout à fait complet ; mais où étiez-vous donc ce soir-là ? Avachis devant France-Norvège ?). Bon, trêve de rigolade ; l’Echo et ses hommes-lapins déboulaient dans un écran de fumée, Mac à la gueule passablement livide, et nous servaient, en guise de cadeau de retour, un petit Rescue. Malheur, les petits-fours n’étaient pas frais, c’était du réchauffé qu’on nous proposait, version au goût du jour dénuée de sa verve d’antan, problème de son (guitare sursaturée, voix absente) et Ian pas encore dans le coup. Ca ne s’arrangeait pas par la suite, le son persistant à être naze malgré les appels d’une partie du public lancés vers l’ingénieur du son. Le premier rang, quant à lui, trouvait à s’occuper en tendant des cigarettes allumées à McCulloch qui la plupart du temps, ne les grillait qu’à moitié. On continuait un bon moment entre ennui et malaise, entre morceaux récents et titres plus anciens, dont un Killing moon honorable mais encore une fois manquant un peu de passion.

Et tout d’un coup, les choses ont changé. Les problèmes de sono se sont résolus d’eux-mêmes, le regard du Mac s’est éclairé comme si une révélation s’était faite jour en lui (exactement comme dans les Blues Brothers, la scène de l’église avec James Brown et la fameuse harangue : « As-tu vu la lumière ?! »), le reste du groupe a gagné en compacité derrière lui. C’était au moment d’entonner Villiers Terrace, une vieillerie rarement jouée live, et les connaisseurs en ont grimacé de plaisir surpris. Sur ma droite, un jeune homme au look clairement réminiscent de Ian Curtis (comprenez un new-wavaux d’entre les new-waveux) s’est soudain mis à une sorte de danse du scalp épileptique, le morceau, magnifique et fougueux, a embrasé la salle, ouf, ça y est, c’était parti. Dans la foulée, on eut droit à une fin de concert enfin à la hauteur de nos espérances, ballades rendant finalement grâce à la voix sublimement geignarde du Mac et lancer de classiques (Back of love, Seven seas) quand ce n’était pas un Altamont -du dernier album- particulièrement rageur.

Les rappels, pour convenus qu’ils furent, soulevèrent une nouvelle vague de plaisir : Nothing lasts forever (le single d’Evergreen), Do it clean l’incontournable, dans une version tourmentée à rallonge, et pour terminer, un Ocean rain comme à la parade, poignant de délicatesse. Le couperet était passé près, mais saoulés de bonheur -et McCulloch juste bien bourré- on pouvait s’en aller respirer un peu d’air frais, déjà porteur de beaux souvenirs en devenir.